Résistances en vigne : des leviers de plus en plus contraints pour protéger l’efficacité des fongicides
Élaborée par l’IFV, l’Inrae, l’Anses et les principaux acteurs techniques de la filière, la note technique commune vigne 2026 dresse un état des lieux précis des résistances du mildiou, de l’oïdium, de la pourriture grise et du black rot. Elle met en lumière un basculement progressif des stratégies, de la gestion de la résistance vers la gestion de l’efficacité, dans un contexte de réduction continue de la boîte à outils phytosanitaire.
Mildiou, oïdium, botrytis : la gestion des résistances s’impose comme le cœur des stratégies de protection
La note technique commune « Résistances - maladies de la vigne 2026 », publiée mi-janvier par l’Institut Français de la Vigne et du Vin, confirme une tendance de fond en viticulture : malgré des pressions parasitaires parfois modérées, les résistances aux fongicides sont désormais largement installées dans les vignobles français. Pour les techniciens et les viticulteurs, l’enjeu n’est plus seulement de lutter contre les maladies, mais de préserver, sur le long terme, l’efficacité de modes d’action de plus en plus rares.
Un contexte sanitaire trompeur
La campagne 2025 a été marquée par une pression globalement faible des maladies, à l’exception de quelques secteurs localisés. Pour autant, cette situation favorable n’a pas inversé la dynamique des résistances. La note rappelle que de nombreux modes d’action sont concernés depuis plusieurs années, avec des résistances aujourd’hui bien implantées, tant en occurrence qu’en fréquence, dans la plupart des bassins viticoles.
Sur mildiou, la généralisation des résistances aux QiI, aux acylpicolides ou encore aux QoI-P réduit fortement la marge de manœuvre des programmes. Certaines substances ne relèvent plus d’une logique de prévention de la résistance, mais bien de compensation d’une efficacité partiellement perdue. Une distinction désormais centrale dans la lecture des recommandations.
Mildiou et oïdium : des stratégies sous haute contrainte
Pour le mildiou, la note insiste sur la diversité des mécanismes de résistance, qu’ils soient spécifiques ou non spécifiques, comme la surexpression de l’alternative oxydase. Si certaines substances multisites conservent une efficacité stable, la majorité des modes d’action unisites impose aujourd’hui des plafonds d’utilisation stricts et des associations obligatoires.
L’oïdium illustre également cette complexification. Les QoI-P ne sont plus recommandés, tandis que l’usage des IDM d’ancienne génération ou des azanaphtalènes peut fragiliser les programmes en reportant la pression de sélection sur d’autres familles. Les SDHI restent utilisables, mais sous conditions très encadrées, avec un objectif clair : préserver la diversité mutationnelle pour éviter une perte brutale d’efficacité.
Pourriture grise : une doctrine désormais stabilisée
Sur botrytis, la note confirme des principes déjà bien intégrés sur le terrain. Une application par famille chimique et par an s’impose comme une règle incontournable, accompagnée d’une alternance pluriannuelle. Même si les données de surveillance récentes sont limitées, la présence fréquente de résistances spécifiques ou multidrogues justifie cette approche prudente, largement fondée sur l’anticipation.
Les leviers agronomiques au cœur de la gestion des résistances
Au-delà des tableaux de substances, la note technique commune accorde une place majeure aux leviers agronomiques. Maîtrise de la vigueur, travaux en vert, aération de la végétation, limitation des foyers primaires et qualité de pulvérisation apparaissent comme des outils essentiels pour réduire la pression parasitaire et, par ricochet, la pression de sélection exercée par les fongicides.
Dans un contexte de diminution continue des substances actives disponibles, ces leviers ne relèvent plus d’une logique d’optimisation, mais deviennent des prérequis à la construction de programmes efficaces et durables.
Le message principal de la note 2026 est sans ambiguïté : le maintien de l’efficacité des substances encore disponibles constitue désormais un enjeu stratégique majeur pour la viticulture. Alternance des modes d’action, associations raisonnées, adaptation aux contextes locaux de résistance et ajustement en cours de campagne sont appelés à devenir la norme.