Blé : les années à risque pourraient devenir la norme
Une étude pilotée par INRAE montre que les conditions climatiques associées aux fortes baisses de rendement du blé pourraient se multiplier d’ici la fin du siècle. Sans annoncer la fin de cette culture, ces travaux invitent les conseillers à intégrer un risque climatique structurel dans leurs recommandations.
Mieux caractériser les situations défavorables au blé
Selon une étude récente pilotée par INRAE avec plusieurs partenaires internationaux, les conditions climatiques associées aux fortes baisses de rendement du blé en France pourraient devenir nettement plus fréquentes au cours du siècle. En analysant plus de soixante ans de données météorologiques et leurs liens avec la performance des cultures, les chercheurs montrent que des environnements autrefois considérés comme exceptionnels tendent à s’installer dans la normalité climatique, un signal fort pour le conseil agricole, appelé à intégrer un niveau de risque désormais plus structurel.
Plutôt que d’analyser séparément sécheresse, chaleur ou excès d’eau, les chercheurs ont travaillé sur des combinaisons de conditions climatiques historiquement liées à de mauvaises performances du blé en France. Ces « environnements agroclimatiques défavorables » associent notamment excès d’humidité hivernale, pluies printanières et stress thermique ou hydrique pendant le remplissage des grains.
En s’appuyant sur des données climatiques couvrant 1959-2021, l’étude montre que ces situations, autrefois peu fréquentes, pourraient devenir beaucoup plus courantes dans un climat réchauffé.
Le signal le plus marquant concerne leur fréquence future. Dans un scénario de fortes émissions, les environnements défavorables pourraient représenter jusqu’à 75 % des saisons de culture d’ici la fin du siècle, contre environ 30 % aujourd’hui.
Autrement dit, l’aléa climatique ne serait plus ponctuel mais structurel. Les auteurs évoquent une tendance robuste, malgré les incertitudes inhérentes aux projections.
Intégrer un risque désormais structurel
Attention toutefois : l’étude ne prédit ni rendements précis ni campagnes catastrophiques. Elle raisonne en probabilité d’occurrence d’environnements défavorables, pas en production annuelle.
Mais pour le conseil agricole, la conclusion est déjà stratégique : la climatologie passée ne suffit plus pour anticiper les conditions futures. Les zones historiquement stables pourraient voir leur variabilité augmenter, tandis que certains territoires deviendraient plus exposés aux stress combinés.
Sans tester directement les leviers agronomiques, ces résultats confortent plusieurs axes d’adaptation déjà identifiés :
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raisonner la date de semis pour éviter les phases sensibles lors des pics de stress,
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sécuriser le choix variétal avec davantage de tolérance aux aléas,
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améliorer la réserve utile des sols,
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diversifier les rotations pour répartir le risque.
L’enjeu évolue : produire beaucoup reste important, mais produire régulièrement devient un objectif tout aussi stratégique.
Les chercheurs ne concluent pas à un recul inévitable du blé en France. Ils soulignent surtout que sa performance dépendra de la capacité des systèmes agricoles à s’adapter.
Dans ce contexte, le rôle du conseiller se renforce : transformer un signal climatique global en décisions concrètes à l’échelle de l’exploitation et aider les agriculteurs à piloter une culture désormais plus exposée aux aléas.