Eau : la recharge des nappes tarde et 79 départements restent en crise
Au 1er octobre 2026, 66 % des nappes suivies affichent un niveau inférieur aux normales mensuelles. Les restrictions restent étendues et le dernier relevé national disponible montre également une situation très dégradée dans les petits cours d’eau. Trois indicateurs à distinguer pour conseiller les exploitations.
Une recharge amorcée dans seulement 7 % des points
La situation des nappes phréatiques reste « très préoccupante » au 1er octobre 2026, selon le dernier bulletin du BRGM. Quelque 66 % des points d’observation présentent un niveau inférieur aux normales mensuelles, contre 62 % au 15 septembre et 31 % un an auparavant.
Malgré l’entrée dans l’automne, 81 % des niveaux sont encore en baisse. La recharge ne s’est amorcée que dans 7 % des points suivis, faute de pluies suffisamment abondantes et durables en septembre. La diminution des prélèvements, avec notamment la fin de la campagne d’irrigation, devrait ralentir la vidange. Elle ne suffira cependant pas à reconstituer la ressource : les pluies devront d’abord réhumidifier les sols avant de s’infiltrer jusqu’aux nappes.
Les situations les plus défavorables concernent notamment le socle du Limousin, du Morvan, du Livradois, du Forez et du Vivarais, la craie de Champagne, les calcaires du Jura, les grès vosgiens, les calcaires triasiques de Lorraine et la plaine nord d’Alsace.
Les restrictions ne suivent pas uniquement le niveau des nappes
Au 8 octobre, VigiEau recensait 79 départements comportant au moins une zone placée en crise et 14 départements atteignant l’alerte renforcée. Cela ne signifie pas que l’intégralité de leur territoire est soumise au même régime : les mesures sont définies par zone d’alerte, type de ressource et catégorie d’usager.
Pour connaître les règles applicables à une exploitation, il est possible de renseigner une adresse précise sur VigiEau, sélectionner le profil « exploitation agricole » et vérifier l’origine de l’eau utilisée : réseau d’eau potable, eau superficielle ou eau souterraine. Les horaires d’irrigation, réductions de volumes, interdictions et éventuelles dérogations peuvent différer au sein d’un même département. L’arrêté préfectoral demeure le document de référence.
Le niveau des nappes ne suffit pas, à lui seul, à expliquer ces restrictions. Les préfets tiennent également compte des débits des cours d’eau, de l’alimentation en eau potable et des besoins des milieux aquatiques.
Le dernier relevé national publié par l’Office français de la biodiversité, établi au 1er septembre, recensait 1 424 petits cours d’eau touchés par une rupture d’écoulement ou un assec, soit 44 % des sites observés. C’était 30 de plus qu’en 2022 et 290 de plus qu’à la même période en 2025.
Les situations les plus critiques s’étendaient alors selon un axe allant de la Vendée au Grand Est. Une aggravation était également constatée en Bretagne, dans les Pays de la Loire et dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine. L’OFB cite notamment la Creuse, la Vendée, la Loire-Atlantique, l’Aveyron, la Côte-d’Or et la Nièvre.
Ces observations des ruisseaux ne décrivent pas la quantité d’eau stockée dans les nappes. Elles renseignent sur la disponibilité immédiate de l’eau dans les têtes de bassin et sur l’état des milieux aquatiques. Pour le conseil agricole, les trois informations doivent donc être croisées : niveau des nappes pour anticiper la ressource future, écoulement des cours d’eau pour apprécier la tension locale et VigiEau pour connaître les règles effectivement applicables.