Ravageurs du colza : comment piloter une interculture piège ?
En intégrant des crucifères attractives aux couverts, les intercultures pièges pilotées détournent une partie des altises des parcelles de colza. Leur efficacité repose toutefois sur plusieurs conditions : choix des espèces, densité, date d’implantation, surface et surtout destruction du couvert avant l’hiver.
Attirer les altises hors des parcelles de colza
Au sortir de leur estive, à partir de la mi-septembre, les grosses altises recherchent des crucifères pour s’alimenter et pondre. Les intercultures pièges pilotées (IPP) exploitent ce comportement en introduisant dans les couverts des espèces aussi, voire plus attractives que le colza. L’objectif n’est pas seulement de détourner momentanément les insectes : une fois attirés dans le couvert, leur cycle doit être interrompu par sa destruction.
Toutes les crucifères ne se valent pas. Les expérimentations conduites notamment dans les projets R2D2 et Adaptacol² ont identifié le radis chinois et la navette comme particulièrement attractifs. À l’inverse, la moutarde blanche et le radis fourrager ne sont pas recommandés pour cet usage, précise Terres Inovia.
Entre 2022 et 2025, le réseau Adaptacol² a ainsi détourné en moyenne 29 % des altises vers les intercultures, avec une forte variabilité selon les situations et jusqu’à 77 % lorsque les conditions étaient favorables. À l’automne 2025, sur le territoire du projet Concerto, 47 % des altises ont été détournées lorsque la densité recherchée était atteinte et que la surface en IPP équivalait à celle consacrée au colza.
Densité, surface et destruction conditionnent l’efficacité
Le pilotage commence dès l’implantation. Les essais conduisent à rechercher 20 à 25 pieds/m² de crucifères attractives dans le couvert. La date compte également : l’interculture doit être semée à une période proche de celle du colza. Un radis chinois implanté trop tôt et déjà très développé au moment du vol perd en attractivité.
L’effet dépend aussi de l’organisation du territoire. Plus la surface d’intercultures pièges est importante, plus les chances d’intercepter les ravageurs augmentent. Terres Inovia conseille ainsi de rechercher une surface au moins équivalente à celle du colza et de privilégier la proximité entre les deux types de parcelles. Le levier prend donc tout son sens lorsqu’il est coordonné entre plusieurs exploitations.
Enfin, attirer les insectes sans interrompre leur développement risquerait de manquer l’objectif recherché. La destruction du couvert doit intervenir avant le 15 décembre, de préférence mécaniquement. Les expérimentations rapportées en 2026 montrent alors une diminution des émergences au printemps de 90 % pour les grosses altises et de 97 % pour les charançons du bourgeon terminal.
La présence de crucifères rend toutefois les IPP inadaptées aux secteurs confrontés à la hernie des crucifères ou à certaines problématiques de nématodes. La méthode reste par ailleurs un levier complémentaire à la recherche d’un colza robuste et aux autres moyens de lutte. Les travaux se poursuivent désormais sur l’utilisation de composés attractifs ou répulsifs pour accentuer encore le détournement des altises.