Sortie du phosmet : en colza, la protection repose désormais sur une stratégie combinée
La disparition du phosmet rebat les cartes de la protection du colza face aux ravageurs d’automne. À l’occasion d’un colloque dédié, le 24 mars 2026 à Paris, les experts de Terres Inovia, appuyés par plusieurs projets de recherche et retours terrain, ont présenté les résultats récents d’expérimentations sur les leviers disponibles. Altises et charançon du bourgeon terminal (CBT) restent des menaces majeures, dans un contexte où la pression s’annonce déjà forte pour la campagne 2025-2026. Les enseignements convergent : aucune solution unique ne permettra de remplacer l’insecticide, et seule une combinaison de leviers agronomiques permettra de sécuriser les implantations.
L’implantation, premier levier de réussite
Les travaux présentés, notamment par Matthieu Loos, ingénieur de développement chez Terres Inovia, convergent sur un point : la robustesse du colza à l’automne est déterminante. L’objectif est d’obtenir une levée rapide suivie d’une croissance dynamique, avec un enracinement profond. Les essais confirment l’intérêt de semis précoces, idéalement entre le 15 et le 20 août, pour viser une levée avant le 1er septembre, sous réserve de conditions hydriques suffisantes.
Un pivot supérieur à 15 cm, une densité inférieure à 35 plantes/m² et une bonne structure du sol apparaissent comme des facteurs clés. À l’inverse, les semis tardifs exposent fortement les cultures : dans certaines situations, comme observé dans le Berry, les jeunes plantes peuvent être totalement détruites par les altises. L’esquive des ravageurs repose donc avant tout sur l’anticipation et l’adaptation aux conditions pédoclimatiques.
Nutrition et biostimulation : renforcer la vigueur plutôt que chercher un effet direct sur les ravageurs
Selon Cécile Legall, ingénieure à Terres Inovia, les essais montrent que la nutrition azotée constitue un levier efficace pour limiter les dégâts d’insectes, avec jusqu’à 40 % de réduction observée dans les parcelles. Cet effet est indirect : en favorisant une croissance rapide et une meilleure biomasse, les plantes deviennent plus tolérantes aux attaques, notamment larvaires.
Une dose d’environ 30 unités d’azote apparaît comme un repère technique. Selon les situations, un apport en végétation peut se révéler plus pertinent qu’un apport au semis, en particulier lorsque les conditions sont sèches à l’implantation. Les formes organiques présentent des résultats plus variables, car dépendants des conditions de minéralisation, tandis que les digestats peuvent être efficaces en cas de pluies après application. Un apport de phosphore au semis contribue également à sécuriser le démarrage.
Dans ce contexte, les solutions de biostimulation ont également été évaluées, mais sans résultats probants à ce stade.
Les solutions de biostimulation n’ont pas donné de résultats probants à ce stade.
Sur une trentaine d’essais, aucun effet significatif n’a été observé, ni sur la biomasse, ni sur l’absorption d’azote, ni sur les dégâts d’insectes ou le rendement. Ces produits, qu’il s’agisse de bactéries endophytes, d’extraits d’algues ou d’acides aminés, ne permettent donc pas, dans les conditions testées, de compenser une implantation ou une nutrition insuffisantes.
Levier variétal : des avancées, mais pas de rupture
La sélection variétale progresse, avec l’identification de profils plus tolérants aux attaques d’altises. Certaines variétés, comme Feliciano, se distinguent dans les essais, mais aucune ne permet aujourd’hui de garantir une protection suffisante à elle seule. La variabilité entre génotypes reste importante, et la recherche se poursuit, notamment via les croisements avec d’autres brassicacées et les approches génomiques.
Les mélanges variétaux ou interspécifiques, testés pour détourner les ravageurs, n’ont en revanche pas montré de bénéfices significatifs et ne sont pas recommandés.
Plantes de service et stratégies territoriales : des pistes prometteuses
Les travaux sur les plantes de service ouvrent des perspectives intéressantes pour détourner les altises du colza. Certaines espèces, comme le chou chinois ou la navette, se révèlent plus attractives, avec un effet protecteur observé à courte distance. Toutefois, leur efficacité dépend fortement de leur densité et de leur implantation.
À une échelle plus large, les stratégies d’intercultures pièges pilotées permettent de réduire les populations de ravageurs sur plusieurs campagnes, à condition de bien maîtriser leur destruction et d’éviter les effets indésirables (ravageurs secondaires, maladies). Ces approches nécessitent néanmoins une coordination à l’échelle du territoire et une bonne technicité.
Auxiliaires et biocontrôle : des leviers complémentaires encore limités
Les auxiliaires, notamment les parasitoïdes des altises, représentent un levier intéressant, mais leur efficacité reste fragile. Les travaux montrent qu’un travail du sol, même léger, peut détruire jusqu’à 75 % de ces insectes bénéfiques, soulignant l’importance de pratiques favorables à leur maintien.
Du côté du biocontrôle, les solutions disponibles apportent des résultats partiels. Les sels d’acides gras ou le soufre peuvent contribuer à limiter les populations d’altises adultes, mais nécessitent des applications répétées et bien positionnées. De nombreuses autres solutions testées n’ont pas montré d’efficacité. Des pistes sont en cours de développement, notamment via l’écologie chimique ou les médiateurs olfactifs, mais elles ne seront pas opérationnelles à court terme.