Agrotendances

Gestion des rongeurs : les solutions olfactives élargissent la palette des leviers en bâtiment


La gestion des rongeurs dans les exploitations agricoles, les silos ou les sites de stockage repose historiquement sur trois leviers : l’hygiène, la limitation des accès et le recours au piégeage ou aux rodenticides. La diminution progressive des substances disponibles et les exigences croissantes en matière de sécurité alimentaire conduisent toutefois à explorer d’autres approches. Parmi elles figurent les solutions fondées sur les signaux olfactifs associés aux prédateurs des rongeurs. Développée techniquement par M2i Group en partenariat avec As de pic, cette technologie vise à créer un environnement perçu comme hostile afin de limiter la fréquentation de certaines zones par les rongeurs.

Les rongeurs utilisent leur odorat pour explorer leur environnement et détecter les dangers. - © Chris F de Pexels
Les rongeurs utilisent leur odorat pour explorer leur environnement et détecter les dangers. - © Chris F de Pexels

Quand l’étanchéité du bâtiment atteint ses limites

La gestion des rongeurs se heurte souvent à une réalité de terrain : bâtiments anciens, multiples points d’entrée, circulation permanente de marchandises et présence de denrées attractives.

Même lorsque les bonnes pratiques sont respectées, certains sites restent particulièrement exposés. Les zones de réception, les quais de chargement, les locaux techniques ou les bâtiments de stockage largement ouverts constituent autant de points de passage difficiles à sécuriser totalement.

« Nous travaillons sur des environnements où les bâtiments sont parfois très ouverts, des usines anciennes ou des sites de restauration où l’on ne peut pas tout hermétiser », explique Thibault Deschamps, fondateur d’As de pic. « L’idée était donc de développer un protocole dissuasif non toxique adapté à ces contraintes. »

« On crée en quelque sorte une zone perçue comme risquée, un halo olfactif dans lequel ils évitent de s’installer. »

Exploiter l’instinct de fuite des rongeurs

Le dispositif repose sur la diffusion d’un signal olfactif associé à des prédateurs naturels des rongeurs. Contrairement à un rodenticide, il ne cherche pas à éliminer les animaux mais à modifier leur comportement.

« Lorsqu’un rongeur détecte ce signal, il se retrouve en situation de stress et adopte un comportement d’évitement », indique Thibault Deschamps. « On crée en quelque sorte une zone perçue comme risquée, un halo olfactif dans lequel ils évitent de s’installer. »

Les observations réalisées sur le terrain montrent que l’effet est surtout marqué dans les zones de circulation. Les diffuseurs agissent davantage comme une barrière comportementale que comme un moyen d’intervenir sur des zones de nidification déjà installées.

Trois années d’essais sur des sites fortement exposés

Le développement de la solution a mobilisé près de trois années de travail associant expertise terrain et recherche sur les médiateurs chimiques.

Plusieurs formulations ont été testées dans des environnements variés : sites de stockage de grains, industries agroalimentaires, restaurants ou brasseries. Les équipes ont suivi l’activité des rongeurs grâce à des caméras infrarouges et à des pièges photographiques afin de mesurer l’évolution des passages dans les zones équipées.

« Nous avons travaillé en conditions réelles, dans des sites très infestés ou très exposés, pour vérifier l’efficacité dans des situations concrètes », précise Thibault Deschamps. « L’enjeu était autant l’efficacité que la robustesse du dispositif dans des environnements très différents. »

Les travaux ont également porté sur les contraintes pratiques d’utilisation : diffusion régulière dans le temps, compatibilité avec les environnements alimentaires et adaptation aux contraintes de sécurité des sites.

Une efficacité liée au positionnement des diffuseurs

Les essais ont montré que le placement du dispositif joue un rôle déterminant. Les diffuseurs sont principalement installés dans les zones de passage : accès aux bâtiments, quais, couloirs de circulation ou secteurs soumis à des mouvements d’air réguliers.

Pour les espaces extérieurs ou les zones totalement confinées, d’autres protocoles sont encore en élaboration. L’objectif consiste à créer un halo olfactif dans les secteurs empruntés par les rongeurs afin de limiter leur progression à l’intérieur du site.

Selon les conditions de température et d’hygrométrie, la durée d’action d’un diffuseur atteint environ deux mois.

Un outil supplémentaire dans la lutte contre les nuisibles

Ce produit n’a pas d’effet létal sur les rongeurs.

Cette technologie ne remplace pas totalement ni les mesures d’hygiène, ni la maîtrise des accès, ni les dispositifs de surveillance. Elle vient compléter les moyens déjà mobilisés pour réduire la pression exercée par les rongeurs sur les zones sensibles.

« L’introduction de toxiques dans une enceinte de produits alimentaires ou de stockage pose de plus en plus de questions à nos clients », explique Thibault Deschamps. « Très clairement, ce produit n’a pas d’effet létal sur les rongeurs, c’est de la protection et de la prévention. »

Son intérêt apparaît particulièrement marqué dans les bâtiments où les contraintes structurelles limitent les possibilités d’amélioration du bâti. Elle offre alors une approche préventive visant à réduire les déplacements et les risques d’installation durable des populations.

Des mécanismes encore à approfondir

Si les premiers résultats obtenus sur le terrain sont jugés satisfaisants, Les travaux se poursuivent pour mieux comprendre le mécanisme et optimiser les conditions d’utilisation notamment en fonction des espèces de rongeurs, des niveaux de pression observés ou des caractéristiques des bâtiments.

Cette démarche illustre plus largement l’intérêt croissant porté aux approches comportementales et non toxiques dans la gestion des nuisibles autour des sites de production et de stockage.