Changement climatique : les ravageurs opportunistes gagnent du terrain
Les fortes pressions d’acariens, de punaises et de pyrale du haricot observées sur soja dans le Sud-Ouest illustrent une évolution plus large. La répétition des périodes chaudes et sèches favorise certains ravageurs polyphages, avance leurs cycles et fragilise les cultures, obligeant à repenser les calendriers de surveillance.
Le soja concentre plusieurs signaux en 2026
Acariens, pyrale du haricot et punaises profitent des conditions estivales dans le Sud-Ouest. Dans un point publié le 7 août 2026, Terres Inovia rapporte d’importants signalements d’acariens au cours des quinze jours précédents. Les vols de pyrale du haricot se sont également intensifiés plus tôt qu’habituellement, tandis qu’une première génération de punaises s’est installée dans les parcelles.
L’épisode chaud et sec de juillet a favorisé ces dynamiques. Les acariens peuvent enchaîner plusieurs générations lorsque les températures augmentent et l’hygrométrie diminue. Leur nuisibilité s’accentue sur les sojas déjà fragilisés par le déficit hydrique ou un problème de nutrition. Dans le même temps, l’avance des cultures, qui atteint localement trois semaines, expose plus tôt les gousses aux punaises et aux larves de lépidoptères.
Cette situation révèle aussi la vulnérabilité des moyens de lutte. Contre les acariens du soja, le seul produit homologué est le biocontrôle Naturalis, à base de Beauveria bassiana. Son action peut toutefois être pénalisée par le fort rayonnement, la faible humidité et la difficulté à atteindre la face inférieure des feuilles.
Des risques plus mobiles entre les cultures
Le terme de ravageur opportuniste ne correspond pas à une catégorie réglementaire. Il désigne ici des espèces qui exploitent une combinaison favorable : températures élevées, cycle court, diversité des plantes hôtes et cultures affaiblies.
L’héliothis en fournit une illustration. Ce lépidoptère très polyphage peut attaquer le pois chiche, le soja, le maïs, le sorgho, le haricot et plusieurs légumes de plein champ. Terres Inovia observe des dégâts plus réguliers sur pois chiche à la faveur de la répétition des étés chauds et secs. Pour 2026, des dérogations de 120 jours ont de nouveau été accordées pour renforcer les possibilités de protection du pois chiche, du haricot sec et du soja.
Les ravageurs déjà bien établis peuvent, eux aussi, déplacer leur calendrier. Sur maïs, Arvalis a observé en 2026 des vols de pyrales particulièrement précoces, sous l’effet d’un cumul thermique en avance. Ce constat ponctuel illustre un décalage du calendrier de surveillance.
Une saison ne suffit cependant pas à attribuer chaque pullulation au changement climatique. Les températures excessives peuvent également pénaliser certains insectes, et les réponses varient selon les espèces, les cultures et leurs ennemis naturels. La multiplication des décalages de cycles et des émergences conduit néanmoins Inrae à appeler au renforcement de la surveillance phytosanitaire.
L’enjeu devient de suivre les ravageurs au-delà de leur culture habituellement associée et de réévaluer les périodes de risque à mesure que les saisons s’allongent. Les prochains relevés préciseront si les signaux observés en 2026 restent ponctuels ou annoncent une recomposition plus durable de la pression parasitaire.
Concepts clés et définitions : #Biocontrôle