Biocontrôle : une croissance qui résiste, mais un changement d’échelle toujours en suspens
Avec 304 M€ de ventes en 2025, le biocontrôle poursuit sa progression mais sans véritable changement de dimension. Sa part de marché reste stable autour de 11 % dans la protection des plantes. Entre contraintes réglementaires, adoption inégale selon les filières et besoin d’accompagnement, le secteur identifie désormais trois leviers clés pour accélérer son déploiement sur le terrain.
Un marché en croissance, mais une part de marché qui stagne
Le marché du biocontrôle semble avoir atteint une forme de plateau. Se référant aux dernières mesures de son baromètre confié à ADquation, Alliance Biocontrôle estime que les ventes s’élèvent à 304 M€ en 2025, contre 308 M€ en 2024, confirmant une phase de stabilité après plusieurs années de progression.
Pour Gilles Ravot, le président de l’association Alliance Biocontrôle, la lecture doit être nuancée. « Le marché du biocontrôle progresse d’environ 6 % par an depuis 2018, mais il avance au même rythme que l’ensemble du marché de la protection des plantes », explique-t-il. « Ce n’est pas tant le marché du biocontrôle qui stagne, c’est sa capacité à pénétrer le marché de la protection des plantes », ajoute-t-il.
Des écarts importants selon les filières
Les niveaux de maturité varient fortement selon les productions. En viticulture et en arboriculture, le biocontrôle dépassent déjà 90 % de taux de pénétration : quasiment tous les producteurs de ces deux filières utilisent au moins une solution de biocontrôle.
« Toutes les cultures ont déjà des solutions de biocontrôle qui apportent des résultats, mais dans des proportions très différentes », souligne Denis Longevialle, directeur de l’association.
À l’inverse, les grandes cultures restent en retrait, avec une adoption encore limitée. Le cas des molluscicides illustre ce décalage : le phosphate ferrique, pourtant reconnu pour son efficacité technique et économique, atteint un plafond d’adoption autour de 35 à 40 % des ventes selon les années.
L’enjeu de l’accompagnement
Au-delà des performances des produits, le secteur insiste sur la nécessité d’accompagner les changements de pratiques. Le biocontrôle implique souvent une adaptation des itinéraires techniques plutôt qu’un simple remplacement de solutions. « Il faut accompagner les changements de pratiques et partager une partie du risque avec les agriculteurs », insiste Gilles Ravot.
« Il faut accompagner les changements de pratiques et partager une partie du risque avec les agriculteurs »
Dans cette logique, la formation et les outils d’aide à la décision prennent une importance croissante. Le programme DigiAgro, qui propose plus de 250 modules de formation sur la protection intégrée et le biocontrôle, vise à renforcer l’appropriation de ces techniques par les agriculteurs, les conseillers et les distributeurs.
« L’objectif est de développer les formations sur la protection intégrée et de permettre une autoformation de l’ensemble de l’écosystème », précise Denis Longevialle, qui met aussi en avant les outils numériques pour sécuriser les itinéraires techniques et faciliter l’adoption.
Trois leviers pour changer d’échelle
Pour les acteurs du secteur, le développement du biocontrôle ne dépend plus seulement de la disponibilité des solutions, mais de trois leviers complémentaires.
1. L’innovation et l’accès au marché
Les délais d’homologation en Europe, qui peuvent atteindre 7 à 10 ans, freinent l’arrivée de nouvelles solutions. Pour Gilles Ravot, président d’Alliance Biocontrôle, l’enjeu réglementaire reste central pour accélérer le renouvellement de l’offre.
2. L’accompagnement technique
Le biocontrôle implique souvent une évolution des pratiques plutôt qu’un simple remplacement de produits. Formation, outils d’aide à la décision et retours d’expérience sont devenus essentiels pour sécuriser les itinéraires. Le programme DigiAgro, avec plus de 250 modules de formation, illustre cette montée en puissance de l’ingénierie d’accompagnement.
3. Le levier économique
L’adoption du biocontrôle suppose une prise de risque pour l’agriculteur, encore insuffisamment partagée selon les acteurs du secteur. « Il faut accompagner les changements de pratiques et partager une partie du risque avec les agriculteurs », insiste Gilles Ravot.
L’exemple de la confusion sexuelle en Allemagne illustre ce levier : des dispositifs d’incitation financière ont permis d’accélérer fortement son adoption en viticulture, et les producteurs ont maintenu la pratique une fois les aides arrêtées, signe d’une appropriation durable. De nouvelles approches émergent également, autour de l’économie de la fonctionnalité ou de mécanismes de sécurisation des résultats.
Un marché à un point charnière
Entre contraintes d’adoption, hétérogénéité des filières et besoin d’accompagnement renforcé, le biocontrôle poursuit sa croissance sans parvenir à franchir un nouveau palier. La dynamique actuelle place les distributeurs et les conseillers au cœur du déploiement des solutions sur le terrain.
Au-delà de cette réalité de marché, les perspectives de développement reposent aussi sur un pipeline d’innovations encore significatif : plus de soixante solutions de biocontrôle sont aujourd’hui en cours d’évaluation au niveau européen. Dans ce contexte, les évolutions réglementaires européennes apparaissent comme un levier central, au premier rang desquelles le projet d’Omnibus « Food & Feed Safety », présenté comme une étape structurante pour accélérer l’accès au marché. Mais son issue reste encore incertaine. Pour Denis Longevialle, cette séquence pourrait toutefois marquer un tournant : « On est peut-être à un moment historique, une occasion à saisir qui ne se représentera pas de sitôt », estime-t-il, alors que le secteur attend des décisions capables de transformer durablement les conditions de développement du biocontrôle.