Biocontrôle : UniLaSalle et Biom InnoV lancent une chaire pour accélérer les évaluations
Alors que le biocontrôle poursuit sa progression dans les stratégies de protection des cultures, la question de l’évaluation des solutions et de leur appropriation par les agriculteurs reste centrale. Pour y répondre, UniLaSalle et la start-up Biom InnoV ont inauguré, le 3 juin 2026, la chaire « Biocontrol Explorer for Plant Health », dédiée à l’identification de nouveaux bioactifs et à l’étude de leurs interactions avec la plante, les pathogènes et le microbiote.
Renforcer les références scientifiques du biocontrôle
Mieux comprendre l’action des bioactifs, fiabiliser leur évaluation et accélérer leur transfert vers le terrain. Tels sont les objectifs de la chaire de recherche et d’innovation « Biocontrol Explorer for Plant Health », inaugurée le 3 juin 2026 à Rouen par UniLaSalle et la start-up Biom InnoV, créée en janvier 2026 au sein d’AgriLife Studio. Au-delà de la collaboration entre l’établissement d’enseignement supérieur et la jeune entreprise du biocontrôle, l’initiative répond à plusieurs enjeux identifiés par l’ensemble de la filière : produire davantage de références scientifiques, améliorer la régularité des performances et renforcer la confiance des utilisateurs. Les travaux porteront sur le développement de méthodes de criblage à haut débit destinées à identifier et sélectionner de nouveaux bioactifs issus du végétal pour la protection des cultures.
Biocontrol Explorer for Plant Health, une chaire centrée sur le microbiote
« Nous n’avons pas trouvé de plateforme pour évaluer l’efficacité de nos bioactifs, car il faut un raisonnement holistique : c’est pour cela que nous avons créé la chaire avec UniLaSalle. » Aude Bernardon-Méry, fondatrice et présidente de Biom Innov
La particularité du programme réside dans son approche dite « holobionte », qui consiste à considérer la plante comme un écosystème à part entière, en intégrant ses interactions avec les micro-organismes qui l’entourent. Les chercheurs étudieront simultanément les pathogènes, les mécanismes de protection de la plante et les effets des bioactifs sur le microbiote.
Les travaux s’appuieront sur les équipements de laboratoire et de phénotypage l’unité de recherche Aghyle d’UniLaSalle. Trois niveaux d’évaluation sont prévus : l’effet direct sur les pathogènes, l’effet sur la protection de la plante et l’impact sur les communautés microbiennes. L’objectif affiché est de mieux comprendre les modes d’action des extraits végétaux afin d’améliorer leur sélection et leur développement. Les premières cibles identifiées concernent des maladies à fort enjeu économique : la septoriose et la fusariose du blé, ainsi que l’oïdium et le mildiou de la tomate.
« Éradiquer c’est une vieille histoire, il faut réguler la maladie et utiliser les homologations pour faire de la prophylaxie. » Christian Huyghe, ex-directeur scientifique Agriculture de l’Inrae
Un marché du biocontrôle toujours en croissance, mais sous plafond de verre
L’inauguration de la chaire a été suivie d’une table ronde consacrée à l’avenir du biocontrôle. Les échanges ont mis en lumière un secteur en progression mais qui peine encore à changer d’échelle. Selon les chiffres présentés par France Biocontrôle by IBMA, le biocontrôle représente aujourd’hui environ 12 % du marché français de la protection des plantes, contre 10 % à l’échelle européenne. Malgré une croissance régulière depuis plusieurs années, ces solutions restent encore minoritaires dans les stratégies de protection des cultures. « Il y a un manque de confiance des agriculteurs dans l’homologation : les agriculteurs veulent retester par eux-mêmes », explique Flora Limache, secrétaire générale IBMA France.
Pour les intervenants, le principal défi ne réside plus uniquement dans la disponibilité des produits mais dans leur appropriation par les utilisateurs. Les agriculteurs attendent des solutions dont l’efficacité est démontrée dans des conditions de terrain variées et pour lesquelles des recommandations d’emploi précises sont disponibles.
Produire des références utiles aux conseillers
Ce besoin de références a été largement souligné par les représentants de la recherche appliquée et du conseil agricole. Si le nombre de solutions disponibles augmente progressivement, notamment en grandes cultures, les méthodes d’évaluation et les référentiels de conseil restent encore hétérogènes.
« Le principal enjeu reste la régularité d’efficacité. Nous devons produire des références utiles aux utilisateurs et faire évoluer nos méthodes d’évaluation. Aujourd’hui encore, les pratiques d’expérimentation et de conseil restent très hétérogènes. » Régis Berthelot, responsable Recherche collaborative chez Arvalis.
Dans ce contexte, la nouvelle chaire entend jouer un rôle d’interface entre recherche fondamentale, développement industriel et applications de terrain. Ses promoteurs affichent l’ambition de transformer les avancées scientifiques récentes sur les microbiotes et les interactions plante-microorganismes en solutions opérationnelles pour les agriculteurs. De son côté, Biom Innov vise la mise sur le marché en 2030 de ses deux première solutions, foliaire et traitement de semences, pour réguler les maladies sur tournesol (mildiou) et sur vigne (mildiou et oïdium).
(*)De gauche à droite sur la photo : Régis Berthelot (Arvalis), Flora Limache (IBMA France), Eric Barbedette (ex-Actura), Christian Huyghe (ex-Inrae), Karine Laval (UniLaSalle), Isabelle Gattin (Aghyle, UniLaSalle), Aude Bernardon Mery (Biom Innov), Adrien Gauthier (UniLaSalle)