Maïs grain stressé : les critères à vérifier avant de basculer vers l’ensilage
Alors qu’Agreste prévoit une récolte française de maïs grain au plus bas depuis 1980, des parcelles initialement destinées au grain pourraient être ensilées. Avant de changer de débouché, le potentiel grain restant doit être confronté à la biomasse valorisable, à l’état des plantes et à l’intérêt économique des deux options.
Commencer par estimer ce qu’il reste à récolter en grain
Sécheresse et épisodes caniculaires ont fortement pénalisé les maïs en 2026. Dans ses estimations d’août, Agreste prévoit une récolte de maïs grain à son plus faible niveau depuis 1980. Le changement de destination de certaines parcelles vers l’ensilage pourrait encore contribuer au recul des volumes récoltés en grain.
Une parcelle visuellement desséchée n’est toutefois pas nécessairement à ensiler. Pour Arvalis, l’arbitrage doit d’abord confronter les rendements atteignables en grain et en fourrage.
Une fois passé le stade limite d’avortement des grains (SLAG), environ 15 à 20 jours après la floraison femelle, le nombre de grains viables est fixé. Le comptage du nombre de plantes et d’épis par mètre carré, puis du nombre de grains par épi, permet alors d’approcher le potentiel restant. Le remplissage futur reste plus incertain : il dépendra notamment de l’alimentation hydrique de la parcelle et conditionnera le poids de mille grains.
Cette estimation doit ensuite être rapprochée de la biomasse disponible. Même très affecté par le stress hydrique, un maïs peut conserver un intérêt fourrager. Arvalis observe ainsi des valeurs énergétiques de 0,85 à 0,95 UFL/kg MS sur des maïs stressés autour de la floraison, malgré une teneur en amidon réduite.
Décider d’ensiler ne signifie pas récolter immédiatement
Le choix doit également être économique. La valeur attendue du grain, nette des frais de séchage et de transport, peut être comparée à celle du fourrage sur pied, en tenant compte des différences de coûts de récolte. Lorsque le potentiel grain est fortement compromis mais que suffisamment de biomasse reste valorisable, l’ensilage peut alors devenir plus intéressant.
Reste à choisir la date du chantier. En situation normale, l’objectif se situe autour de 32 à 33 % de matière sèche plante entière. Avec un maïs stressé, l’état du feuillage ne suffit pas pour l’estimer : même avec 75 % de feuilles desséchées, la fraction tiges-feuilles peut rester à 31-33 % de MS au maximum. À l’inverse, une pluie ou une forte rosée peuvent rapidement réhumidifier des plantes pauvres en grains.
Le diagnostic gagne donc à associer état du feuillage, nombre et remplissage des grains et teneur en matière sèche. Dans les parcelles très hétérogènes, plusieurs zones peuvent même justifier des dates de récolte différentes plutôt qu’un compromis défavorable à l’ensemble de la parcelle.