Biométhane : après les tarifs garantis, les méthaniseurs doivent sécuriser leur modèle économique
La méthanisation agricole entre dans une nouvelle phase. Avec la montée en puissance des certificats de production de biogaz (CPB), le modèle fondé sur les tarifs d’achat garantis laisse progressivement place à des contrats privés entre producteurs et fournisseurs de gaz. Une évolution jugée naturelle par Sébastien Paolozzi, président de Prodeval, qui estime que les exploitants devront désormais diversifier leurs sources de revenus et renforcer la robustesse économique de leurs installations.
Un changement de modèle pour accompagner la maturité de la filière
Pendant plus de dix ans, le développement du biométhane en France s’est appuyé sur un cadre de soutien public, avec des tarifs d’achat garantis qui ont permis de sécuriser les investissements. L’entrée en vigueur des certificats de production de biogaz (CPB), au 1er janvier 2026, ouvre progressivement une nouvelle étape, davantage tournée vers des contrats de marché.
« La filière biométhane est désormais suffisamment mature pour évoluer vers un modèle davantage fondé sur le marché. » Sébastien Paolozzi, président de Prodeval
Pour Sébastien Paolozzi, président de Prodeval, la filière est désormais suffisamment mature pour évoluer vers un modèle davantage fondé sur le marché. Il rappelle que le soutien public a permis à la France de bâtir l’une des filières les plus dynamiques d’Europe.
« Grâce au mécanisme des guichets ouverts, la France a développé une filière biométhane de premier plan, avec désormais plus de 16 TWh/an de capacité d’injection installée. Ce succès démontre la pertinence du cadre de soutien public durant la phase d’émergence de la filière. »
Dans ce contexte, il juge désormais « naturel d’engager une transition progressive vers un modèle davantage fondé sur des contrats privés », afin d’assurer un développement durable de la filière tout en limitant progressivement le recours au soutien public.
La visibilité apportée par le projet de décret présenté fin juin, avec une prolongation du dispositif jusqu’en 2041 et des coefficients de restitution connus jusqu’en 2032, devrait selon lui faciliter la conclusion de contrats d’achat de long terme et renforcer la confiance des investisseurs et des établissements financiers.
Sécuriser les revenus au-delà de la seule vente de biométhane
Le passage à un fonctionnement davantage guidé par le marché implique toutefois un changement de logique pour les exploitants. Les producteurs devront désormais respecter des engagements de livraison et composer avec un prix des CPB qui reste encore difficile à anticiper.
« Nous sommes dans une phase de transition entre un modèle très administré et un marché privé. C’est forcément une période délicate », résume Sébastien Paolozzi.
Dans ce contexte, il estime que certaines unités, notamment les plus petites, devront renforcer la résilience de leur modèle économique. Cela passera par une meilleure valorisation des coproduits, qu’il s’agisse du CO₂ biogénique, du digestat ou encore d’une amélioration des performances techniques des installations. L’objectif est de construire un modèle moins dépendant des seuls revenus issus de la vente du biométhane.
Pour autant, le dirigeant ne croit pas à une remise en cause du modèle français, largement porté par les exploitations agricoles. Selon lui, la méthanisation restera « profondément agricole », même si certaines installations devront adapter leur stratégie économique.
Des objectifs ambitieux, mais des projets toujours difficiles à faire aboutir
La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe un objectif de près de 44 TWh de biométhane à l’horizon 2030, contre environ 15 TWh aujourd’hui.
« Il faudra produire, en moins de cinq ans, deux fois plus que ce qui a été développé au cours des dix dernières années », souligne Sébastien Paolozzi.
Pour atteindre cette trajectoire, plusieurs freins devront toutefois être levés. Le premier reste l’acceptabilité locale des projets, qui continue de générer des recours administratifs susceptibles de retarder les unités pendant plusieurs années.
Au-delà de l’acceptabilité, le financement constitue également un enjeu majeur. Avec le développement des contrats privés, les porteurs de projets devront convaincre les banques sur des modèles économiques moins dépendants des dispositifs publics. Selon Sébastien Paolozzi, des mécanismes de garantie pourraient accompagner cette transition sans revenir à un système de subventions.
Cette évolution ne concernera pas seulement les producteurs de biométhane. Coopératives, négoces, bureaux d’études, financeurs et fournisseurs de solutions auront également un rôle à jouer pour accompagner des projets dont l’équilibre économique reposera désormais sur plusieurs leviers, et non plus uniquement sur un tarif d’achat garanti.