Agroécologie

Bien mettre en place les dispositifs de confusion sexuelle contre les ravageurs


Présentée lors du Sival d’Angers par Laure Trapateau et Sébastien Gabi (SumiAgro), la confusion sexuelle est une solution de biocontrôle aujourd’hui bien identifiée pour lutter contre certains ravageurs des cultures, notamment en arboriculture et en viticulture. Ces dispositifs reposent sur l’émission de phéromones sexuelles, identiques à celles des femelles, afin de saturer l’atmosphère et perturber la rencontre entre mâles et femelles.

Bien mettre en place les dispositifs de confusion sexuelle contre les ravageurs
Bien mettre en place les dispositifs de confusion sexuelle contre les ravageurs

1. Bien délimiter la zone à protéger

Les dispositifs de confusion sexuelle agissent par diffusion d’un « panache » d’odeurs dans l’air. La forme et l’exposition de la parcelle jouent donc un rôle clé. Les couloirs de vent, les parcelles étroites ou en pointe, ou encore les discontinuités paysagères peuvent perturber la diffusion des phéromones et réduire l’efficacité du dispositif.

Il est préférable de cibler des îlots compacts et homogènes. Lorsque cela est possible, une mise en œuvre collective, en incluant les parcelles voisines, permet d’améliorer la performance globale du dispositif et de limiter les effets de bord.

2. Identifier précisément les espèces de ravageurs présentes

Toutes les espèces de ravageurs ne réagissent pas aux mêmes phéromones. Chaque dispositif est spécifique d’une espèce donnée. Avant toute mise en place, il est donc indispensable de réaliser un diagnostic précis des populations présentes.

L’utilisation de pièges équipés d’attractifs spécifiques permet d’identifier les ravageurs en place et d’adapter le choix du produit. Même pour des ravageurs émergents récemment observés en France, comme Cryptoblabes, des solutions de confusion sexuelle existent aujourd’hui.

3. Évaluer la pression des populations, notamment sur la troisième génération

La confusion sexuelle n’est pas une solution « clé en main » sans suivi. Le pilotage repose sur l’observation régulière des populations. En pratique, cela passe par le comptage des œufs sur un échantillon de 100 grappes.

Lorsque 5 à 10 % des grappes sont touchées, une intervention complémentaire peut être envisagée. Si, en fin de troisième génération, plus de 10 % des grappes sont contaminées, il est conseillé d’anticiper la campagne suivante avec une intervention précoce afin de réduire la pression initiale.

4. Poser les diffuseurs avant le premier vol

L’efficacité du dispositif dépend fortement du calendrier de pose. Les diffuseurs doivent être installés avant le premier vol du ravageur le plus précoce, afin d’agir dès la première génération.

Les Bulletins de santé du végétal (BSV) et les réseaux de piégeage régionaux constituent des outils précieux pour anticiper l’arrivée des insectes, souvent quelques jours à l’avance. L’installation de pièges directement dans les parcelles est également recommandée, notamment en raison de la protandrie observée chez certaines espèces, les mâles apparaissant avant les femelles.

Dans le cas de Cryptoblabes, cet écart est de l’ordre de 1 à 3 jours, ce qui impose une grande réactivité au moment de la pose.

5. Adapter le nombre et la répartition des diffuseurs

La réussite du dispositif repose aussi sur une implantation homogène des diffuseurs. Ceux-ci doivent être positionnés au niveau des grappes, ou légèrement au-dessus, afin d’assurer une protection efficace de la zone sensible. Un renforcement de la densité en bordure de parcelle est recommandé pour limiter les effets de bord.

La densité de pose est en général de l’ordre de 200 diffuseurs par hectare, à adapter selon la configuration de la parcelle, l’espèce ciblée et le dispositif utilisé. Des abaques papier existent, prenant en compte le nombre de rangs et l’espacement entre les arbres ou les ceps, afin de calculer le nombre de diffuseurs nécessaires et leur positionnement.

Aujourd’hui, des outils numériques permettent d’affiner ces calculs. Certains opérateurs proposent également des services d’accompagnement, comme des plans de pose personnalisés ou des prestations clé en main avec intervention d’un technicien équipé pour une pose rapide et homogène.

Bien dimensionnée, correctement positionnée et associée à un suivi rigoureux des populations, la confusion sexuelle constitue un levier efficace et durable de protection des cultures contre les ravageurs.