Agroforesterie : comment mesurer l’impact des arbres sur le rendement
Le rendement moyen d’une parcelle ne suffit pas à évaluer l’effet de l’agroforesterie. Distance aux arbres, surface réellement cultivée, âge de la plantation et production globale du système doivent être distingués pour interpréter les résultats.
Comparer les rendements selon la distance aux arbres
Dans une parcelle agroforestière, la concurrence entre arbres et cultures pour la lumière, l’eau ou les nutriments varie dans l’espace. Pour la caractériser, le rendement doit donc être mesuré à plusieurs distances des lignes arborées, jusqu’au centre de l’interrang, et comparé, lorsque cela est possible, à une situation sans arbres présentant des conditions pédoclimatiques et une conduite similaires. L’orientation des lignes, le développement du houppier ou encore l’essence doivent également être renseignés.
C’est l’approche retenue dans le projet TETRAE-AC2TION. Sur quatre parcelles agroforestières de Nouvelle-Aquitaine suivies en 2025, les rendements de céréales à paille mesurés à différentes distances des arbres n’ont pas présenté de différence significative. Ces résultats concernent toutefois des systèmes précis, associant notamment blé tendre, triticale ou orge de printemps à des rangées de noyers ou de merisiers espacées de 30 m. Ils ne peuvent donc pas être extrapolés à toutes les configurations.
Ne pas confondre rendement et production à l’hectare
L’absence de baisse de rendement sur la partie cultivée ne signifie pas que la production de grains est inchangée à l’échelle de la parcelle. Dans les systèmes étudiés par AC2TION, les bandes arborées occupent de l’ordre de 8 à 10 % de la surface. Cette emprise doit être intégrée à la comparaison avec une parcelle entièrement cultivée.
L’effet des arbres évolue également avec leur âge. À mesure que les houppiers et les systèmes racinaires se développent, les interactions avec la culture se renforcent. Le projet français PotA-GE illustre la diversité des réponses possibles : sur son site pilote, l’association peuplier-luzerne/trèfle s’est traduite par une forte concurrence liée à l’ombrage, tandis que l’association aulne-graminées était favorable à la croissance de la culture, notamment grâce à l’apport d’azote. Les conditions pédoclimatiques et le stade de développement des arbres sont donc essentiels pour interpréter les résultats.
Évaluer la production de l’ensemble arbres-cultures
Pour apprécier la productivité globale, le rendement de la culture peut être complété par la surface équivalente assolée, ou Land Equivalent Ratio (LER). Cet indicateur compare les productions obtenues en association à celles qu’auraient fournies séparément arbres et cultures. Une valeur supérieure à 1 signifie qu’une surface plus importante serait nécessaire pour obtenir les mêmes productions en séparant les deux composantes.
Sur le domaine expérimental Inrae de Restinclières, dans l’Hérault, plusieurs systèmes agroforestiers associent des rangées de noyers destinés à la production de bois d’œuvre à des allées de grandes cultures, notamment de blé et de pois. Différentes modalités d’association entre productions céréalières et forestières y ont été étudiées dans le cadre du programme européen SAFE, comme le décrivent Christian Dupraz et Alain Capillon dans leur synthèse sur l’agroforesterie. Pour un système associant noyers et céréales, les travaux ont abouti à une surface équivalente assolée supérieure à 1,2. Autrement dit, un hectare agroforestier produisait l’équivalent de plus de 1,2 ha où arbres et céréales auraient été conduits séparément.
Plus récemment, le projet PotA-GE a utilisé le même indicateur pour simuler différents systèmes agroforestiers sur 25 ans. Le LER est supérieur à 1 dans la majorité des situations étudiées, avec des résultats variables selon les essences et les territoires.
Ces indicateurs restent à interpréter à l’échelle de chaque système : essence, espacement, âge des arbres et conditions pédoclimatiques peuvent modifier l’équilibre entre compétition et complémentarité. Les travaux d’AC2TION doivent désormais préciser si les gains de fertilité observés à proximité des arbres peuvent également se traduire par une évolution de la nutrition et des besoins en fertilisation des cultures.