Agroécologie

Jachère : une option rarement pertinente pour réduire les charges, selon Arvalis


Réduire les charges d’approvisionnement en mettant des surfaces en jachère ne permettrait généralement pas d’améliorer la rentabilité des exploitations de grandes cultures. Dans les zones intermédiaires, dans le Berry ou les plaines de l’Est, Arvalis estime que cette stratégie peut diminuer de 25 à 80 % la marge directe d’une exploitation en céréales, oléagineux et protéagineux.

Jachère : une option rarement pertinente pour réduire les charges, selon Arvalis
Jachère : une option rarement pertinente pour réduire les charges, selon Arvalis

Réduire les charges ne suffit pas à préserver le revenu

À l’approche des choix d’assolement pour la campagne 2026/27, la mise en jachère de certaines parcelles peut apparaître comme une solution pour limiter les dépenses. Les trésoreries sont fragilisées, tandis que les fertilisants et le carburant restent coûteux et que les prix des céréales et des oléoprotéagineux demeurent bas. Dans une analyse publiée le 27 juillet 2026, Arvalis alerte toutefois sur les conséquences économiques d’un tel arbitrage.

La jachère permet de diminuer les charges d’approvisionnement, mais elle supprime également le produit tiré de la culture. La parcelle continue par ailleurs d’engendrer des dépenses, avec au minimum un broyage et, selon les modalités retenues, des frais d’implantation, de semences ou de désherbage. Sa marge brute devient donc généralement négative ou faiblement positive, et reste inférieure à celle des cultures de vente malgré la conjoncture actuelle.

Cette diminution se répercute à l’échelle de l’exploitation, car les charges de structure, comme le fermage, les annuités, les assurances ou les charges sociales, restent stables. Les ressources disponibles pour les couvrir se réduisent alors, tout comme le revenu disponible.

Selon des travaux menés avec plusieurs scénarios de prix des engrais et des productions agricoles, le remplacement des cultures par une jachère nue à couvert spontané pourrait faire perdre de 25 à 80 % de la marge directe d’une exploitation en céréales, oléagineux et protéagineux dans des zones intermédiaires comme le Berry ou les plaines de l’Est. Cette marge directe tient compte de la marge brute, des aides découplées et des charges de mécanisation.

Arvalis relève néanmoins quelques exceptions, notamment lorsque les charges de structure sont particulièrement faibles, en l’absence d’annuités par exemple, ou lorsque les marges brutes moyennes des cultures sont elles-mêmes négatives. L’institut recommande donc de raisonner la décision à partir des résultats de chaque culture et des besoins propres à l’exploitation.

Des bénéfices agronomiques sous conditions

Une jachère ou une prairie temporaire peut néanmoins présenter un intérêt agronomique à moyen terme, notamment dans les parcelles confrontées à une forte pression de graminées adventices. Cette stratégie suppose d’empêcher toute grenaison, par des broyages adaptés pour la jachère ou par un broyage puis une fauche avec exportation dans le cas d’une culture fourragère.

L’implantation de légumineuses pures, comme la luzerne ou le trèfle violet, ou associées à des graminées, peut également favoriser la restitution d’azote et contribuer à l’amélioration de la structure du sol. Les coûts de semences, d’implantation, de broyage et éventuellement de désherbage doivent toutefois être intégrés au calcul.

Dans les territoires où grandes cultures et élevage se côtoient, la recherche d’un débouché local pour le fourrage pourrait alors devenir un élément décisif de l’arbitrage.