Pulvérisation : traiter après le coucher du soleil limite la mortalité des abeilles (Inrae-Itsap)
Une étude d’Inrae et de l’ITSAP-Institut de l’Abeille apporte les premières preuves expérimentales, dans des conditions proches du terrain, de l’intérêt d’une pulvérisation après le coucher du soleil. Sur phacélie en fleurs, la mortalité des abeilles a plus que doublé après un traitement en journée, tandis qu’aucune hausse détectable n’a été observée après une application nocturne.
Une mortalité plus que doublée après un traitement en journée
Décaler l’heure de traitement suffit-il à réduire les effets d’un insecticide sur les abeilles ? Des chercheurs d’Inrae et de l’ITSAP-Institut de l’Abeille ont comparé des applications réalisées en journée et peu après le coucher du soleil. Leurs résultats, présentés par Inrae le 23 juillet 2026, montrent un net effet de l’horaire d’intervention.
L’essai a été conduit sur des parcelles de phacélie en fleurs avec un insecticide à base de lambda-cyhalothrine et de pirimicarbe. Des compteurs vidéo automatisés ont permis de suivre l’activité et la mortalité des abeilles, complétés par des analyses de résidus.
Après une pulvérisation en journée, la mortalité des abeilles a plus que doublé en 24 heures et l’effet est resté observable pendant trois jours. À l’inverse, aucune augmentation détectable de la mortalité n’a été constatée lorsque l’application intervenait après le coucher du soleil, lorsque les abeilles mellifères avaient cessé de butiner.
Les chercheurs ont pourtant retrouvé chez les abeilles des quantités d’insecticides faibles, inférieures aux seuils de toxicité réglementaires. Les travaux, publiés dans Environmental Chemistry and Ecotoxicology, mettent ainsi en évidence des effets en conditions proches du terrain qui peuvent être difficiles à anticiper à partir des seuls tests de toxicité aiguë en laboratoire.
Une pratique déjà encadrée, mais encore à documenter
Ces résultats confortent le principe consistant à éviter les traitements pendant l’activité de butinage. En France, l’arrêté du 20 novembre 2021 encadre déjà les applications de produits phytopharmaceutiques sur les cultures attractives en floraison et les zones de butinage. Lorsque le traitement est autorisé, l’application doit en principe intervenir dans une fenêtre comprise entre deux heures avant et trois heures après le coucher du soleil.
L’étude ne permet toutefois pas de valider l’ensemble de cette plage horaire : l’essai nocturne a été réalisé peu après le coucher du soleil. Il porte également sur un seul mélange insecticide et uniquement sur l’abeille mellifère et sa mortalité à court terme.
Les effets sur la santé des colonies à plus long terme n’ont pas été évalués, pas plus que ceux sur les abeilles sauvages ou les pollinisateurs actifs la nuit, notamment certains papillons. Élargir les essais à d’autres produits, cultures et groupes de pollinisateurs permettra de préciser jusqu’où le choix de l’horaire peut réduire l’exposition liée aux traitements.