Pistaches, amandes : deux filières, une même vision de long terme pour l’agriculture
Canicules, gels tardifs, stress hydrique, pression économique : face à l’accumulation des risques climatiques et de marché, certains agriculteurs font le choix de la diversification et de la structuration de nouvelles filières. Pistache dans l’arc méditerranéen, amande dans le Sud-Ouest : à travers deux projets distincts, Thomas Paul, cofondateur de Pépistach’, et Sylvain Vergnes, porteur de la filière amande d’Escoute, partagent une même stratégie de long terme, fondée sur l’adaptation agronomique, la transformation et la création de valeur au sein des territoires.
Pourquoi la diversification est-elle devenue un levier clé face au changement climatique ?
Thomas Paul - Pépistach’ « Elle est pertinente pour plusieurs raisons, non seulement face aux aléas climatiques, mais aussi face aux aléas du marché. Il est très compliqué aujourd’hui de pouvoir compter sur une seule production, notamment dans des systèmes de monoculture. (…) La diversification permet de diluer ce risque. »
Sylvain Vergnes - Escoute « Si on a de moins en moins d’eau à l’avenir, les pruneaux seront plus difficiles à produire. L’idée était donc d’anticiper et de garantir une source de revenus complémentaire aux producteurs. Quand on plante un arbre, ce n’est pas de la salade ou un radis : il faut lui laisser le temps. C’est une vraie stratégie de moyen à long terme. »
En quoi ces cultures sont-elles adaptées aux évolutions climatiques ?
Thomas Paul - Pépistach’ « Le pistachier est une plante extrêmement résistante aux excès de chaleur (…) Une fois installé depuis trois à quatre ans, il a besoin de peu d’eau, moins que la vigne pour maintenir son rendement. (…) Il tolère jusqu’à 45 à 50 °C. » « Son seuil de tolérance au froid est plus élevé que celui de la vigne. Un bourgeon vert de pistachier peut résister à -4 ou -5 °C. »
Sylvain Vergnes - Escoute « Avec les changements climatiques, c’est une production armée pour l’avenir. (…) On y croit, tout en restant humble : on ne va pas révolutionner le marché français de l’amande, mais on peut créer une filière cohérente et durable à l’échelle de notre territoire. »
Pourquoi la structuration complète de la filière est-elle centrale dans vos projets ?
Thomas Paul - Pépistach’ « La résilience passe aussi par la capacité à créer de la valeur et à la sécuriser dans le temps, ce qui suppose une filière construite, cohérente et ancrée dans l’agriculture. »
Sylvain Vergnes - Escoute « Escoute est à la fois producteur, transformateur et torréfacteur. On maîtrise la filière du départ jusqu’au bout. Cela permet d’anticiper, de sécuriser les débouchés et de créer de la valeur sur le territoire. »
Quel rôle joue la transformation dans la création de valeur ?
Thomas Paul - Pépistach’ « L’atelier de transformation est fondamental pour structurer le marché. (…) Nous faisons le choix de nous polariser sur la pistache verte émondée, car c’est là que le marché est le plus intéressant en France et que la valeur ajoutée pour l’agriculture est la plus forte. (…) Notre objectif est de développer une culture rentable, sans que la valeur ne soit aspirée uniquement vers l’aval. »
Sylvain Vergnes - Escoute « On ne peut pas vendre des amandes en coque. Cette année, nous avons donc investi dans une casserie, le plus gros investissement de la filière. Elle est en place depuis début octobre. On se fait la main (…) mais c’est une vraie satisfaction de voir le projet aboutir concrètement. »
Quelles contraintes techniques et économiques doivent intégrer les producteurs ?
Thomas Paul - Pépistach’ « On ne s’improvise pas producteur de pistaches. Il faut se former. (…) Le choix variétal est crucial. » « Le temps long avant l’entrée en production, environ six ans, est un vrai frein pour certaines exploitations. »
Sylvain Vergnes - Escoute « Entre la décision de planter et l’arrivée des premières productions, il s’écoule quatre à cinq ans. (…) Nous avons accompagné les producteurs durant toute cette phase. »
Quel rôle pour le technico-commercial dans ces filières émergentes ?
Thomas Paul - Pépistach’ « Il est au cœur de la sécurisation des décisions techniques et économiques. C’est un appui et un éclairage aux décisions de l’agriculteur. »
Sylvain Vergnes - Escoute « Il est central. Il sécurise les itinéraires techniques, accompagne les producteurs dans la durée et contribue à la montée en compétences collective. »