« Transformer les connaissances scientifiques en innovations concrètes » Justine Lipuma La Ferme Digitale
Un an après la signature de la convention entre La Ferme Digitale et Inrae, les liens entre recherche et start-up agricoles continuent de se structurer. À la croisée de ces deux mondes, Justine Lipuma, vice-présidente de La Ferme Digitale, responsable du pôle innovation et CEO de Mycophyto, revient sur les avancées concrètes de ce partenariat, les leviers pour accélérer le passage de l’innovation au terrain et la place croissante des distributeurs dans cet écosystème collaboratif.
Entretien avec Justine Lipuma, vice-présidente de La Ferme Digitale, responsable du pôle innovation et CEO de Mycophyto
Un an après la signature de la convention avec l’Inrae, qu’est-ce que cela a changé concrètement pour les start-up et leurs clients agricoles ?
Avant ce partenariat, certaines start-up travaillaient déjà avec l’Inrae, notamment celles issues de ses laboratoires en tant que spin-off. L’objectif de la convention est avant tout de jouer un rôle de catalyseur : mieux faire connaître ce qui existe déjà, car de nombreux porteurs de projets issus de l’Inrae ne sont pas toujours informés des dispositifs disponibles.
Nous voulons aussi renforcer les liens entre la recherche et les entreprises. Les start-up n’ont pas seulement besoin de la recherche : celle-ci peut également y trouver un intérêt scientifique et intellectuel. Des questions de recherche peuvent émerger du terrain et nourrir de nouveaux projets. Il était important que cette convention soit bénéfique pour les deux parties et que la dynamique fonctionne dans les deux sens.
En quoi cette collaboration facilite-t-elle le passage de l’innovation au déploiement opérationnel ?
C’est précisément l’objectif, notamment dans le domaine des biotechnologies, où la démonstration est indispensable. Avant tout déploiement, il faut pouvoir tester une approche, un produit ou un organisme, prouver son efficacité à différentes échelles et en quantifier les impacts.
« La chaîne de l’innovation va de la recherche fondamentale jusqu’au produit mis sur le marché »
La collaboration renforcée avec l’Inrae permet de mettre en lumière des infrastructures de recherche capables d’accueillir ces essais : serres et parcelles expérimentales, équipements de haute technologie… Des outils souvent hors de portée pour une start-up, mais essentiels pour mesurer des impacts moléculaires ou génétiques sans avoir à supporter des investissements impossibles en phase de développement.
Ce partenariat officiel, signé en février 2025 pour cinq ans renouvelables, s’inscrit dans une logique plus large : accompagner la transformation des connaissances scientifiques en innovations concrètes. La chaîne de l’innovation va de la recherche fondamentale jusqu’au produit mis sur le marché. Notre mission est de veiller à ce que tous les maillons soient efficaces, se connaissent et puissent se trouver facilement. La France dispose d’une recherche très performante, encore faut-il que celle-ci se traduise par des solutions utiles aux agriculteurs.
Les conseillers agricoles et les distributeurs peuvent-ils prendre part à cette dynamique ?
Oui. Nous répondons à des appels à projets associant, par exemple, un laboratoire de recherche, une start-up et un distributeur. Ce n’est pas encore le cas le plus fréquent, mais c’est un modèle que nous souhaitons encourager.
Par ailleurs, aux côtés de La Ferme Digitale, nous avons noué un partenariat avec Sofiprotéol, la branche d’investissement du groupe Avril, qui finance des appels à projets pour des start-up développant de nouvelles approches. Ces dispositifs peuvent intégrer des distributeurs afin de tester les solutions sur le terrain.
Dans cette logique, nous avons ouvert un collège Coop-Négoce au sein de La Ferme Digitale. Il permet de structurer un réseau allant de la recherche à la distribution, en passant par les start-up et même l’enseignement, puisque des écoles y sont représentées.
Comment les acteurs du conseil et de la distribution peuvent-ils s’impliquer concrètement ?
Tous les acteurs sont les bienvenus lors de nos événements. Les distributeurs ont l’habitude de collaborer avec l’Inrae, mais ils ne savent pas toujours qu’il est possible de mener des projets conjoints avec des start-up : ce triptyque peut pourtant se révéler très performant.
« Tous les acteurs sont les bienvenus lors de nos événements. »
L’annuaire de nos membres est disponible sur le site de La Ferme Digitale et, pour les membres du collège, nous organisons des rencontres régulières. Lancé juste avant le Salon de l’agriculture, ce collège va entamer ses premières sessions d’animation afin d’identifier les besoins et de mieux accompagner les collaborations.
Les prochaines thématiques viseront à comprendre les enjeux du terrain : priorités, contraintes, leviers de création de valeur, perception de l’innovation utile. Nous souhaitons également recueillir leur vision du travail avec les start-up : mise en place de pilotes, codéveloppement, retours d’expérience ou encore freins à l’adoption chez certains agriculteurs.
L’idée est de définir ensemble quelques actions clés pour enclencher une dynamique durable. Les acteurs intéressés ne doivent pas hésiter à se rapprocher de La Ferme Digitale pour rejoindre ce collège et participer aux réunions d’information et aux ateliers qui seront construits collectivement.