Installation agricole : des projets plus collectifs et souvent construits autour d’une double activité
Selon le Baromètre de l’installation agricole d’Eloi, 38 % des porteurs de projet ou nouveaux installés exercent une autre activité professionnelle, tandis que 54 % s’installent en couple ou en collectif. Des trajectoires qui s’accompagnent d’un intérêt marqué pour le bio, la vente directe et les circuits courts.
Une installation moins souvent pensée comme un projet individuel à temps plein
L’installation agricole évolue vers des projets plus diversifiés, plus collectifs et souvent construits avec plusieurs sources de revenus. C’est l’un des enseignements de la seconde partie du Baromètre de l’installation agricole d’Eloi, dévoilée le 2 juin. Réalisée auprès de 403 porteurs de projet et nouveaux installés, l’étude met en évidence une recherche de sécurisation économique, mais aussi de nouvelles attentes en matière d’organisation du travail et de débouchés.
Près de quatre répondants sur dix, 38 %, déclarent ainsi exercer une double activité. Par ailleurs, 54 % des personnes interrogées s’installent en couple ou dans un cadre collectif. Ces chiffres traduisent un éloignement du modèle de l’exploitation individuelle reposant sur une seule activité agricole.
Pour les futurs installés, la double activité peut permettre de consolider les revenus pendant la phase de démarrage, de répartir les risques ou de préserver un équilibre entre activité professionnelle et vie personnelle. L’installation en couple ou en collectif répond également à des besoins de partage des investissements, de mutualisation des compétences et d’organisation du travail.
« Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle génération agricole qui ne cherche plus à reproduire les modèles historiques. Elle recherche un nouvel équilibre économique, social et territorial », analyse François Moret, cofondateur et directeur général d’Eloi.
Ces évolutions interrogent les modalités d’accompagnement des projets. Au-delà des choix de production, les futurs agriculteurs doivent souvent construire un modèle économique hybride, articulant activité agricole, revenus complémentaires, organisation collective et diversification commerciale.
Le choix des systèmes de production confirme cette recherche de différenciation. Le bio est le modèle le plus cité, aussi bien par les porteurs de projet, à 35 %, que par les installés, à 41 %. Les nouveaux installés sont également plus nombreux à déclarer travailler en conventionnel, à 32 %, contre 25 % des porteurs de projet. À l’inverse, le conventionnel assorti de mesures agroenvironnementales attire davantage les porteurs de projet, 30 %, que les installés, 21 %.
Bio, vente directe et coopératives : des débouchés à combiner
Les porteurs de projet privilégient nettement les débouchés de proximité. La vente directe est envisagée par 66 % d’entre eux, devant les circuits courts, cités par 64 %. Les coopératives arrivent ensuite, avec 53 % des réponses, devant les négoces, 30 %, et les débouchés industriels, 16 %.
Après l’installation, la vente directe reste le premier débouché cité, par 54 % des répondants. Les circuits courts sont toutefois moins présents, à 41 %, au même niveau que les coopératives. Les négoces, 22 %, et les industriels, 13 %, restent minoritaires.
Ces résultats suggèrent que les projets d’installation s’appuient souvent sur une combinaison de circuits plutôt que sur un seul débouché. La vente directe et les circuits courts peuvent renforcer la valeur ajoutée et le lien au territoire, tandis que les coopératives conservent un rôle structurant dans la sécurisation des volumes, la collecte et l’accès aux marchés.
L’enjeu consiste désormais à construire des modèles cohérents entre système de production, organisation du travail, capacités commerciales et débouchés. La diversification peut sécuriser les revenus et favoriser l’autonomie des exploitations, mais elle suppose aussi de bien anticiper le temps de travail, les besoins d’investissement et les compétences nécessaires.