Agroécologie

Adivalor : un modèle qui s’élargit, mais fragilisé par les tensions du recyclage


Avec 25 types de déchets agricoles pris en charge et 300 000 exploitations engagées, Adivalor poursuit son développement. Mais la filière fait face à des tensions croissantes, entre manque de capacités de recyclage et fragilités économiques.

Adivalor : un modèle qui s’élargit, mais fragilisé par les tensions du recyclage
Adivalor : un modèle qui s’élargit, mais fragilisé par les tensions du recyclage

Un périmètre élargi et un réseau de collecte bien ancré

« Le périmètre d’Adivalor s’est construit petit à petit : nous sommes partis d’un seul type de déchet traité en 2001, nous en avons aujourd’hui 25. Ce qui change, ce n’est plus le nombre d’exploitations engagées, mais le taux de collecte », souligne Ronan Vanot, directeur général d’Adivalor, le 30 mars 2026.

En 25 ans, l’éco-organisme a structuré une filière de collecte reposant sur le tri à la source et un maillage dense du territoire. Près de 300 000 exploitations agricoles participent au dispositif, avec 8 500 points de collecte, portés en grande majorité par les coopératives et négoces.

Les volumes proviennent principalement de l’élevage, gros utilisateur de plastiques agricoles et d’intrants, ainsi que du maraîchage. Depuis 2023, la nutrition animale a également été intégrée, avec plus de 200 metteurs en marché supplémentaires.

Une filière qui tend vers l’exhaustivité des déchets

Adivalor continue d’élargir son périmètre, notamment sur des déchets plus complexes et jusqu’ici peu collectés. « Nous avons intégré récemment des emballages de nutrition animale plus difficiles à recycler, comme les sachets multimatériaux ou le polystyrène », précise Ronan Vanot.

D’autres extensions sont à l’étude, comme les emballages de semences potagères, les filets de protection ou encore certains plastiques à longue durée de vie. « Les déchets les plus complexes sont souvent ceux qui restent longtemps sur les exploitations », note-t-il.

L’organisation repose sur un partage clair des responsabilités : les agriculteurs trient, les distributeurs collectent et les industriels financent via l’écocontribution. Adivalor pilote ensuite la logistique et le traitement. Aujourd’hui, 90 % des déchets collectés sont recyclés, 8 % valorisés énergétiquement et 2 % enfouis.

Nous sommes obligés de faire de la valorisation énergétique, car certains déchets n’ont pas encore de solution de recyclage

Des débouchés encore limités et des capacités en recul

Les débouchés restent toutefois contraints. Une grande partie des plastiques recyclés est orientée vers le BTP, même si l’objectif est de développer des boucles fermées. « Notre volonté est de refaire un bidon à partir d’un bidon », indique Ronan Vanot.

Mais la filière se heurte à un manque croissant de capacités de recyclage. « Entre 2023 et 2025, l’Europe a perdu près de 10 % de ses capacités, soit un million de tonnes », alerte-t-il. Certaines filières, comme celle des filets agricoles, ne disposent plus aujourd’hui de solution de recyclage viable.

Résultat : les stocks de déchets en attente augmentent. « Nous sommes à 35 % de stocks, contre 25 % habituellement à cette période », précise le directeur général. Une situation qui pèse sur l’ensemble des opérateurs.

Une filière dépendante des équilibres économiques

Malgré un taux de collecte global élevé, des marges subsistent sur certains flux. Les ficelles agricoles et les filets affichent encore des taux de collecte limités, respectivement de 40 % et 60 %. Les emballages papier restent également peu récupérés.

« Nous devons proposer des solutions plus souples pour ces déchets, souvent en petites quantités et plus difficiles à rapporter », explique Ronan Vanot.

Dans ce contexte, les perspectives restent incertaines. La hausse récente du prix du plastique vierge redonne toutefois un peu de compétitivité au recyclé.

« Il y a une prise de conscience au niveau de l’État et de la Commission européenne, avec des obligations d’incorporation à venir. Cela ne règle pas tout, mais va dans le bon sens », estime Ronan Vanot. Avant de conclure : « À moyen terme, le marché devrait repartir. Mais il faut réussir à passer ce cap, marqué par de fortes tensions et des paradoxes économiques. »