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« Faire l’impasse sur le phosphore et la potasse, c’est décapitaliser le sol » (France Fertilisants)


Face au coût élevé de l’azote, la tentation peut être forte de réduire les dépenses consacrées à la fertilisation de fond. Une stratégie à courte vue, selon le président de la section engrais simples et composés de France Fertilisants. Phosphore et potassium participent directement au maintien du potentiel de production et à la résilience des cultures. Au-delà du rendement, Olivier Torsy invite à considérer la fertilité du sol comme un véritable capital de l’exploitation, à préserver mais aussi à mieux valoriser lors de sa transmission.

« Faire l’impasse sur le phosphore et la potasse, c’est décapitaliser le sol » (France Fertilisants)
« Faire l’impasse sur le phosphore et la potasse, c’est décapitaliser le sol » (France Fertilisants)

Entretien avec Olivier Torsy (France Fertilisants)

Avec le prix élevé de l’azote, le phosphore et la potasse deviennent-ils des variables d’ajustement ?

Oui, il y a aujourd’hui un arbitrage sur le phosphore et la potasse. Or, l’enjeu est justement d’éviter qu’il ne soit pas trop important. C’est une question de maintien de la fertilité, du capital sol et, finalement, de compétitivité de l’exploitation agricole comme de la ferme France.

Prenons l’exemple du blé : pour produire ses grains, il consomme entre 0,6 et 0,7 kg de P₂O₅ par quintal et, pour structurer sa paille, c’est deux fois plus pour la potasse. Faire l’impasse sur la fertilisation de fond parce que l’azote coûte cher revient donc à fragiliser les fondations de l’exploitation.

S’il y a 100 € à investir dans la fertilisation, l’équilibre serait de consacrer 70 % à l’azote et 30 % au phosphore et à la potasse. Le contexte économique est difficile, mais il reste impératif de maintenir le potentiel de production.

S’il y a 100 € à investir dans la fertilisation, l’équilibre serait de consacrer 70 % à l’azote et 30 % au phosphore et à la potasse.

Pourquoi le risque d’impasse est-il plus important avec le P et le K ?

L’effet de l’azote est visible rapidement. Celui du phosphore et de la potasse l’est beaucoup moins. Le risque est donc de se dire : « On verra plus tard. » Mais lorsque le manque de P et de K finit par se manifester, le décrochage peut être beaucoup plus tardif et difficile à rattraper.

Nous avons tendance à nous focaliser sur la quantité, notamment à travers l’azote, et à oublier la qualité de la nutrition apportée par le phosphore et la potasse. Il faut raisonner la fertilisation dans son ensemble : N, P et K.

Peut-on encore puiser dans les réserves du sol ?

Non, parce que nous avons déjà décapitalisé depuis des années. Nos enquête le montrent : en 1988, les apports étaient de 69 kg de P₂O₅ par hectare fertilisé en France, en 2022, nous étions à 17 kg et, en 2026, à moins de 10 kg. Quand on sait qu’il faut environ 0,65 kg de P₂O₅ pour produire un quintal de blé, on comprend les limites de cette trajectoire. Nous ne pouvons plus considérer que le sol fournira indéfiniment ce que nous ne lui apportons pas. Aujourd’hui, 90 % des sols nécessitent des apports de P₂O₅.

Les effets se constatent également sur le terrain. En céréales et dans certaines régions, il ressort que les agriculteurs qui ont apporté de la potasse en 2026 obtiennent de meilleurs rendements, faisant ressortir l’importance de cet élément par rapport au climat et ses effets sur le stress. En betterave, l’effet sur le rendement est également constaté.

Les agriculteurs qui ont apporté de la potasse en 2026 obtiennent de meilleurs rendements

Quel rôle jouent le phosphore et la potasse face aux aléas climatiques ?

La potasse joue notamment un rôle important face aux stress climatiques, en particulier au stress hydrique, en contribuant à une meilleure gestion de l’eau. Une fumure de fond adaptée participe ainsi à la résilience de la parcelle et, plus largement, de l’exploitation.

L’enjeu est aussi de rechercher la meilleure efficience possible : choix de la forme, positionnement des apports, recours à des produits complexes comme les NPK, mais également complémentarité entre engrais organiques et minéraux. Nous devons conserver une diversité de sources, développer la circularité et mobiliser davantage de ressources locales ou alternatives pour entretenir le capital sol, source de résilience face aux aléas.

Dans le cadre de la transmission, un sol appauvri constitue-t-il une dette pour le repreneur ?

Oui, un sol appauvri est clairement une dette agronomique. Les responsables d’exploitation en sont conscients et les analyses de sol nous conduisent déjà à penser la transmission d’une exploitation comme un transfert de capital.

Mais cette dimension reste insuffisamment reconnue. Lors d’une transmission, on valorise le matériel, les DPB [droits à paiement de base] ou les parts sociales. Le capital de l’exploitation devrait aussi intégrer l’état agronomique du sol comme un véritable actif.

Il faudrait pouvoir l’étalonner et reconnaître son caractère pluriannuel dans la comptabilité de l’exploitation. Lorsqu’un agriculteur reprend des terres dont la fertilité a été dégradée, il doit investir pendant plusieurs années pour reconstituer ce capital. Cela représente un apport financier réel qu’il faudrait pouvoir amortir. À l’inverse, transmettre un sol dont la fertilité a été entretenue constitue bien un actif de valeur.