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Décarbonation : les offres progressent, mais le surcoût freine les achats


Les fournisseurs développent des engrais à empreinte carbone réduite et multiplient les calculs ou vérifications de leurs produits. Mais les demandes des clients restent inégales et plusieurs répondants indiquent que le surcoût n’est pas encore accepté.

Décarbonation : les offres progressent, mais le surcoût freine les achats
Décarbonation : les offres progressent, mais le surcoût freine les achats

Captage du carbone, hydrogène vert et matières premières bas carbone

Yara a inauguré le 7 septembre 2026 une unité de captage du CO₂ sur son usine de Sluiskil, aux Pays-Bas. Selon le groupe, l’installation doit permettre de séquestrer jusqu’à 800 000 tonnes de CO₂e par an. Yara la présente comme située sur « la plus importante usine d’engrais d’Europe » et commercialise des engrais bas carbone issus du captage et du stockage du carbone. Le groupe avait aussi mis en service une unité d’hydrogène vert en Norvège en 2024.

Fertiberia fabrique sa gamme Impact Zero à partir d’hydrogène vert en remplacement du gaz naturel. Dans le cadre d’un accord avec PepsiCo, le groupe prévoit de fournir progressivement jusqu’à 150 000 tonnes par an de ces solutions d’ici à 2030, pour couvrir environ 162 000 hectares en Europe, dont une partie en France.

Compo Expert utilise de l’ammoniac bas carbone pour l’ensemble de ses volumes européens d’engrais NPK granulés depuis avril 2024. Le groupe a étendu cette démarche au sulfate de potassium bas carbone en janvier 2025. Il estime l’économie à environ 35 000 tonnes de CO₂e par an.

D’autres fournisseurs mettent en avant l’empreinte de produits ou de sites industriels. EuroChem Agro France produit son Ammonitrate 27 Carbon Light à Anvers. L’empreinte annoncée, certifiée par SGS, s’établit à 0,125 tonne de CO₂e par tonne de produit, soit 0,46 kg de CO₂e par kilo d’azote. Le groupe vise la neutralité carbone de son site en 2030.

ICL indique que l’empreinte du Polysulphate atteint 3 kg de CO₂ par tonne de produit, après une réduction de 90 % depuis 2019. Le groupe précise que son site d’extraction de polyhalite fonctionne avec une électricité issue à 100 % de sources renouvelables depuis 2023.

Calculées, certifiées ou vérifiées : des démarches différentes

Les fournisseurs ne recourent pas tous aux mêmes méthodes. Veolia fait vérifier par l’Afnor, selon la norme ISO 14067, l’empreinte de trois produits : TradiSol, Guanumus et Bochevo. Lhoist fournit, à la demande, un certificat d’empreinte par produit vérifié par un tiers. Fertinagro évalue ses fertilisants selon le système EPD, fondé sur une analyse du cycle de vie.

Terrial et Sumi Agro indiquent avoir calculé l’empreinte de leurs produits. Hello Nature ne l’a pas encore fait. Les méthodes, les périmètres et les unités de calcul variant selon les entreprises, les chiffres communiqués ne sont pas directement comparables.

Une demande encore inégale face au surcoût

Parmi les fournisseurs ayant répondu, sept font état de demandes de produits bas carbone. Cinq les jugent ponctuelles ou limitées. Impact Pro et Frayssinet n’en observent pas.

Compo Expert signale une progression de la demande chez « les grandes coopératives, les négoces structurés et certaines filières organisées ». L’entreprise souligne toutefois que « leurs clients ne sont pas prêts à payer les produits décarbonés plus chers que les conventionnels ».

EuroChem Agro France estime que la conjoncture reste « pas très favorable » aux formules bas carbone, plus coûteuses que les engrais conventionnels. Le groupe anticipe cependant une intégration accrue de l’empreinte carbone dans les cahiers des charges, en lien avec les engagements des industriels de l’agroalimentaire à l’horizon 2030.

Pour Lhoist, le prix, la disponibilité et la performance agronomique « demeurent les critères prioritaires ». ICL rapporte que les demandes restent peu présentes, ses clients se concentrant d’abord sur les enjeux liés à l’azote. À l’inverse, Yara fait état de « demandes régulières » et de collaborations en cours.

Pour Terrial, le développement de ces solutions dépend aussi des débouchés, en visant les filières où « une valorisation du produit fini est envisageable ».

Ces positions ressortent d’une enquête d’Agro Matin menée auprès de 18 fournisseurs, du 01/09/2026 au 15/10/2026.