Cameline en double culture : les premiers repères pour évaluer sa faisabilité
Les essais conduits dans le cadre du projet européen Carina précisent les conditions d’insertion de la cameline en double culture. Un rendement de 6 à 8 q/ha pourrait suffire à couvrir ses coûts, mais la faisabilité doit être évaluée à l’échelle de toute la succession culturale.
Un seuil économique estimé entre 6 et 8 q/ha
À partir de quel rendement une cameline cultivée en interculture devient-elle intéressante ? Les derniers résultats du projet européen CARINA apportent un premier ordre de grandeur. En interculture d’été, « à partir de 8 quintaux, cela apporte déjà une marge intéressante », indique Domitille Jamet, chargée d’études Systèmes de culture chez Terres Inovia. Ce seuil dépend toutefois du prix de vente, de l’itinéraire technique et du précédent cultural. Après un pois, par exemple, la culture pourrait être conduite sans fertilisation.
Pour la cameline implantée en interculture d’hiver, les évaluations présentées par Sylvain Marsac, chargé d’études Bioressources chez Arvalis, situent également le seuil d’intérêt économique entre 0,6 et 0,8 t/ha. Les essais ont atteint en moyenne environ 1 t/ha, avec des résultats parfois supérieurs.
La culture demande peu de trésorerie. Le montant des intrants est estimé à moins de 150 €/ha, hors mécanisation, contre 60 à 100 €/ha pour un couvert d’interculture. La récolte fournit ainsi une recette supplémentaire pour un surcoût limité par rapport à un couvert non récolté.
Raisonner la marge sur l’ensemble de la succession
Le rendement de la cameline ne suffit cependant pas à déterminer sa pertinence. Son implantation doit être évaluée à l’échelle de la succession culturale, en intégrant ses éventuels effets sur la culture suivante, les dates disponibles pour le semis et la récolte ainsi que la régularité des résultats.
Les contraintes diffèrent selon la période d’implantation. Les références acquises par Terres Inovia sur la cameline en interculture d’été concernent principalement la moitié nord de la France. Les conditions climatiques ne permettent pas d’envisager cette pratique partout et des travaux supplémentaires restent nécessaires pour identifier les zones présentant les meilleures probabilités de réussite. Pour l’interculture d’hiver étudiée par Arvalis, les essais ont permis de préciser les créneaux de semis et de récolte, mais pas encore de produire des recommandations régionales.
Les résultats du projet Carina serviront à actualiser le guide de culture de la cameline disponible en libre accès sur le site de Terres Inovia. Les références restent pour l’instant essentiellement nationales.
Une culture peu protégée, sans effet allélopathique démontré
La cameline se distingue aussi par son faible besoin de protection. Aucun insecticide ni fongicide n’a été nécessaire dans les essais présentés. La protection repose principalement sur le désherbage et certaines parcelles propres ont pu être conduites sans herbicide.
Son introduction ne réduit toutefois pas automatiquement l’indice de fréquence de traitement de la succession. L’effet dépend de la culture qu’elle remplace et de l’utilisation éventuelle d’un herbicide. Quant aux propriétés allélopathiques parfois attribuées à la cameline pour limiter les adventices, elles restent encore trop peu étudiées pour être intégrées au conseil.
La faisabilité économique dépendra enfin de la sécurisation des débouchés. Les marchés des produits biosourcés et des carburants durables pourraient absorber la production, mais leur développement reste lié aux volumes recherchés et à la future définition européenne des cultures intermédiaires. Avant de conseiller l’implantation, les garanties de collecte et les conditions de contractualisation devront donc être examinées avec autant d’attention que les performances agronomiques.