Maxime Luneau (UPL) : « L’intégration du biocontrôle permet de préserver l’efficacité des molécules »
Face aux résistances et à la réduction des solutions disponibles, le biocontrôle progresse en grandes cultures. Pour Maxime Luneau (UPL), ces solutions ont toute leur place dans des stratégies combinatoires, afin de sécuriser les programmes phytosanitaires tout en préservant l’efficacité des molécules actives.
Entretien avec Maxime Luneau, Responsable Marketing NPP Biosolutions chez UPL
Comment votre entreprise se positionne-t-elle aujourd’hui sur le biocontrôle en grandes cultures ? Est-ce un axe prioritaire ?
Maxime Luneau : C’est clairement un axe prioritaire pour UPL. Nous avons été parmi les premières sociétés à proposer des solutions de biocontrôle en céréales. Aujourd’hui, ce segment représente environ 4 % du marché de la protection des plantes, contre 2 % en 2021. Historiquement, via Goëmar, nous étions assez seuls sur ce créneau, mais l’arrivée de nouvelles solutions est plutôt une bonne chose pour structurer et développer ce marché.
Observez-vous une évolution des usages du biocontrôle sur le terrain
M. L. : Oui, mais elle reste contrastée. Dans certaines situations, notamment là où les solutions insecticides se raréfient, le besoin est réel.
Il existe encore des impasses techniques, en particulier en désherbage, où aucune solution de biocontrôle réellement efficace n’est disponible.
En revanche, il existe encore des impasses techniques, en particulier en désherbage, où aucune solution de biocontrôle réellement efficace n’est disponible aujourd’hui. Les traitements de semences sont également peu développés. Cela souligne le besoin d’innovation, mais aussi d’une évolution des procédures réglementaires pour accélérer la mise en marché.
Sur quels usages le biocontrôle progresse-t-il le plus ?
M. L. : Les solutions fongicides sont celles qui avancent le plus, avec des produits à base de soufre, de phosphonates ou encore de laminarine pour lutter contre des maladies comme la septoriose ou l’oïdium. Les agriculteurs y voient un levier pour réduire leur IFT et diversifier leurs stratégies. Cependant, contrairement à la vigne où l’usage du soufre et du cuivre est historique, le biocontrôle n’est pas encore un réflexe en grandes cultures. Il n’est pas encore pleinement intégré dans les programmes en céréales ou en pommes de terre.
Agro Matin : Quel accompagnement proposez-vous pour favoriser son adoption ?
M. L. : Nous travaillons sur plusieurs leviers. D’abord, mettre en avant l’intérêt du biocontrôle dans la gestion des résistances : à ce jour, aucune résistance n’a été observée sur ces solutions, contrairement à certains produits conventionnels. L’intégration du biocontrôle permet aussi de préserver l’efficacité des molécules actives, en évitant certains traitements ou adaptant les doses appliquées selon le niveau de risque ou la tolérance variétale.
Ensuite, nous insistons sur leur positionnement : le biocontrôle est particulièrement pertinent en préventif. Il permet de sécuriser les programmes et d’adapter ensuite les interventions phytosanitaires en fonction du contexte.
Le biocontrôle agit différemment, cela nécessite un accompagnement technique renforcé.
Nous appuyons également nos recommandations sur des essais intégrant le retour sur investissement, pour rassurer les agriculteurs. Les retours agriculteurs sont d’ailleurs très positifs, à la fois en termes d’efficacité et de facilité d’utilisation.
Enfin, la formation est essentielle. Le biocontrôle agit différemment, cela nécessite un accompagnement technique renforcé. L’enjeu n’est pas d’opposer biocontrôle et phytosanitaire, mais de les combiner intelligemment.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins à lever ?
M. L. : Le principal frein reste psychologique. Traiter en préventif, avant l’apparition des symptômes, n’est pas encore un réflexe généralisé va à l’encontre des habitudes. Il faut convaincre de l’efficacité de ces solutions, malgré un mode d’action moins “visible”. Le prix est également un point de vigilance. C’est pourquoi nous raisonnons toujours en coût global du programme, en démontrant que l’intégration du biocontrôle n’entraîne pas nécessairement de surcoût pour une efficacité équivalente. Enfin, la pression sociétale joue un rôle d’accélérateur, en valorisant des pratiques plus respectueuses de l’environnement.
Quelle place pour le biocontrôle à l’horizon 2030 ?
M. L. : Le biocontrôle est déjà intégré de manière stratégique dans nos programmes et continuera de se développer, mais il restera une solution partielle. L’avenir repose sur des approches combinatoires : biocontrôle, produits phytosanitaires, génétique, machinisme. Chez UPL, les solutions de biocontrôle représentent déjà 16 % de notre activité. Nous disposons d’une large gamme, du soufre à la laminarine, en passant par les phosphonates, les huiles essentielles d’orange, les virus… De nouveaux produits sont en cours de lancement, dont un biocontrôle pour la prochaine campagne de pommes de terre.
Les politiques publiques, notamment à travers le plan Ecophyto, encouragent ces approches combinatoires cette approche intégrée. Chez UPL, l’intérêt des combinaisons, notamment l’association du biocontrôle avec des biostimulants, a démontré son efficacité depuis plusieurs années en améliorant la régularité des performances. Ces approches s’imposent aujourd’hui comme des leviers clés pour sécuriser durablement la production agricole.