Agrotendances

Biopesticides Bt : INRAE dissocie toxines et formation de spores


Des scientifiques d’INRAE montrent en laboratoire que le régulateur VipR permet à Bacillus thuringiensis de produire plusieurs toxines insecticides sans sporuler. Cette découverte ouvre de nouvelles pistes de recherche, mais aucune formulation issue de ces travaux n’a encore été évaluée.

Chez la bactérie Bt, les cristaux de toxines Cry se forment habituellement lors de la sporulation. - © Chaufaux Josette / Inrae
Chez la bactérie Bt, les cristaux de toxines Cry se forment habituellement lors de la sporulation. - © Chaufaux Josette / Inrae

Un régulateur dissocie production de toxines et sporulation

Utilisée dans de nombreux produits de biocontrôle, la bactérie Bacillus thuringiensis, ou Bt, produit des protéines insecticides Cry, actives notamment contre des lépidoptères ravageurs comme la pyrale du maïs ou la noctuelle de la tomate. Depuis les années 1980, leur formation sous forme de cristaux était considérée comme étroitement liée à la sporulation de la bactérie.

Des scientifiques d’INRAE remettent en cause ce fonctionnement admis. Dans une étude publiée le 05/08/2026 dans la revue mBio, ils montrent qu’un régulateur génétique nommé VipR peut activer plusieurs gènes codant des toxines Cry indépendamment de la sporulation.

Les essais menés sur des souches expérimentales incapables de former des spores ont confirmé la production de plusieurs protéines insecticides. Une analyse génomique a également repéré le mécanisme de régulation associé à VipR dans différentes souches de Bt actives contre les lépidoptères, dont certaines sont utilisées dans des biopesticides commerciaux.

Des applications encore à démontrer

VipR contrôle également la production de Vip3, une autre toxine insecticide fabriquée avant la sporulation. La souche utilisée pour produire le biopesticide Dipel fabrique cette protéine, mais celle-ci n’est pas retrouvée dans la préparation commerciale, notamment parce qu’elle ne cristallise pas.

Les chercheurs envisagent de produire simultanément les toxines Cry et Vip3 dans une bactérie non sporulante. Selon INRAE, leur association pourrait élargir le spectre d’activité des formulations et ralentir l’apparition de résistances chez les ravageurs. L’absence de spores pourrait également limiter leur dissémination dans l’environnement et le risque potentiel de toxi-infection alimentaire associé à la proximité phylogénétique entre Bt et Bacillus cereus.

Ces travaux ont conduit au dépôt d’un premier brevet. Un second, en cours de dépôt, porte sur une souche de Bt génétiquement modifiée, non sporulante et ne se lysant pas. Les toxines resteraient ainsi à l’intérieur de la cellule, où elles seraient moins exposées à la dégradation par les ultraviolets.

Ces perspectives restent toutefois à confirmer. La publication démontre la production des toxines en laboratoire, sans mesurer l’efficacité insecticide d’une future formulation. Elle rappelle également que les spores peuvent renforcer l’action des protéines Cry chez certains insectes. Les chercheurs devront donc vérifier que leur suppression ne réduit pas l’efficacité, avant d’étudier la persistance au champ, l’industrialisation et le cadre réglementaire de cette nouvelle souche.