Grandes cultures : « Retrouver des filets de sécurité sur les prix » (Éric Thirouin, AGPB)
Face à un contexte géopolitique sous tension, Éric Thirouin, président de l’AGPB, alerte sur la vulnérabilité de l’agriculture française. Entre taxes internationales, libre-échange et stocks stratégiques insuffisants, il plaide pour un réarmement de la filière et une réflexion sur tous les maillons de la production, de l’alimentation animale aux biocarburants.
Taxes et libre-échange : l’AGPB plaide pour des filets de sécurité
« L’Europe a une politique de bisounours, complètement décalée de ce qui se passe autour d’elle. En dépit de ce qui se passe avec la Russie, avec la Chine, avec les BRICS, et maintenant avec les États-Unis, elle est la seule à dire que l’OMC fonctionne. Nous pensons qu’il va falloir nous réarmer, réarmer notre agriculture. Pour ce faire, il va falloir retrouver des filets de sécurité sur les prix », déclare Éric Thirouin, président de l’AGPB, le 15/01/2026.
L’association présentait, ce jour, ses vœux pour l’année 2026, promise à un contexte géopolitique sous tension, déjà marqué par les taxes américaines et chinoises sur différents produits agricoles.
« En Europe, on se contente de payer les taxes de tout le monde. Certes, nous avons gagné la remise de taxes sur les blés ukrainiens, cela nous a permis de reconquérir un peu de marché sur l’Europe, mais il faut aller beaucoup plus loin dans la réflexion sur la mise en place de taxes, plutôt que de partir sur un Mercosur basé sur le libre-échange. C’est absurde d’un point de vue économique, c’est suicidaire pour notre agriculture », selon le président de l’AGPB.
« Une autre réflexion faite au niveau européen est la remise en place de stocks stratégiques. Sauf que les stocks stratégiques imaginés ne sont que des stocks en cas de conflit, le temps de quelques jours ou de quelques semaines. Il faut un stock avec une vraie stratégie géopolitique, un stock en quantité suffisante pour assurer une stratégie à l’extérieur puisqu’en blé, aujourd’hui, nous avons un rôle très important dans tout un tas de pays qui dépendent de la France », estime Éric Thirouin.
Pour le président, « l’enjeu des deux prochaines années est d’avoir une réflexion sur la protection de tous les maillons de la filière, une réflexion sur l’alimentation animale, une réflexion sur les biocarburants. Cela peut être aussi sur de nouveaux débouchés, tels que le glucose, qui se développe fortement ».
Plusieurs demandes pour compenser la perte de 2,5 Md€ de CA en 2025
- « Nous avons perdu 2,5 Md€ de chiffre d’affaires en 2025 par rapport à une année moyenne. Parmi les annonces de la ministre (le 09/01/2026), figure la mise en place de cellules de crise départementales, pour lesquelles il a été alloué 40 M€. On voit bien que ce n’est pas là pour boucher le trou, mais pour apporter une réponse rapide. Concernant le PLF à l’Assemblée nationale, notre amendement proposera de passer ce montant à 80 M€. Nous demanderons également 20 M€ pour les PECC.
- D’autre part, nous demandons la mise en place de prêts de restructuration à long terme. À l’heure qu’il est, ils existent, mais ils sont inatteignables parce qu’il faut avoir des capitaux propres positifs. Or les capitaux propres ne sont pas vraiment positifs dans les exploitations, qui ont vraiment besoin d’être restructurées. Il n’y a que la France qui a mis cette condition.
- Nous avons un plafond d’en-cours de 200 000 €, nous demandons qu’il dépasse les 500 000 €.
- Nous demandons que les reliquats qui n’ont pas été consommés sur la conversion à l’agriculture biologique puissent être utilisés dans les zones intermédiaires et à moindre potentiel, sous forme de MAE, qui doivent être déplafonnées et simplifiées. L’argent existe, il faut le réorienter là où c’est nécessaire.
- Nous avons également demandé à la France d’activer la réserve de crise européenne. Aujourd’hui, une enveloppe de 450 M€ est disponible pour tous les États membres. La France a formulé une demande officielle, avant les fêtes de fin d’année 2025, auprès de la Commission européenne pour une enveloppe de 100 M€. »
Éric Thirouin, président de l’AGPB, le 15/01/2026
MACF : « La copie est à revoir » (Cédric Benoist)
- « Nous avons eu la parole politique, nous attendons le vecteur législatif actionnant cet article 27b, qui permettrait la suspension du MACF sur les engrais de manière rétroactive (au 01/01/2026).
- Le mécanisme n’est toujours pas prêt. On dit qu’il sera de 1,6 M€ par bateau, mais peut-être que ce sera 2 M€, 3 M€, on ne sait pas trop. Si vous êtes importateur, vous arrêtez d’importer, vous ne vous mettez pas en risque. Cela a bloqué le marché et ce côté rétroactif est pour nous très important, sauf que cela n’a pas rassuré pour autant les importateurs. Il nous faut des garanties.
- On se retrouve avec des valeurs bien au-dessus de ce que nous donnait le JRC jusqu’à maintenant. Pour nous, c’est vraiment un imbroglio. À notre sens, il y a même de l’entrisme de certaines influences qui se voient comme le nez au milieu de la figure. La copie est à revoir.
- S’il devait y avoir un MACF un jour sur les engrais, il doit aussi prendre en compte le système agri-food. La décarbonation ne peut pas tenir uniquement sur les épaules de l’agriculteur.
- Pour changer le texte législatif, il faut passer devant le Parlement européen. La suspension des engrais dans le MACF à effet rétroactif devra donc passer devant le Parlement. Ce sujet n’a pas pu être mis à l’ordre du jour de la semaine prochaine. Nous allons tous faire pour que cela soit pour la session de mars. Mais si le Parlement le refuse, la suspension n’aura pas lieu. Résultat, vous vous retrouvez aujourd’hui avec des distributeurs qui sont dans un choix cornélien. »
Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l’AGPB, le 15/01/2026