Agrostratégie

« Nous voulons être apporteurs de solutions, pas seulement d’engrais » Nicolas Tinetti, Haifa France


Nouvelle étape pour Haifa France. Le groupe inaugure une deuxième unité de production dans le sud de la France dédiée aux engrais à libération contrôlée. Un choix industriel qui s’inscrit dans une stratégie plus large, entre efficience agronomique, réduction des impacts environnementaux et montée en gamme des solutions de nutrition.

Nicolas Tinetti (à gauche) et Olivier Boidin (à droite) - © Haifa France
Nicolas Tinetti (à gauche) et Olivier Boidin (à droite) - © Haifa France

Entretien avec Nicolas Tinetti, directeur général de Haifa France, et Olivier Boidin, directeur ventes et marketing

Qu’est-ce qui a convaincu Haifa d’investir industriellement en France plutôt que dans un autre pays européen ?

Nicolas Tinetti : La France est un marché agricole stratégique, avec des filières à forte valeur ajoutée et un niveau d’exigence élevé. Mais au-delà du marché, nous avons surtout voulu capitaliser sur l’expertise et la qualité du travail de nos équipes déjà en place. Cette seconde usine permet de renforcer un savoir-faire reconnu. Notre objectif est clair, nous voulons être apporteurs de solutions et pas seulement d’engrais.

Après une première phase qui prévoit l’embauche d’une quinzaine de personnes, formées plusieurs mois avant le démarrage, notre objectif est ensuite de monter progressivement en puissance jusqu’à l’ouverture fin 2027 et une production en 2028. Nous privilégions les recrutements locaux, car ces compétences sont spécifiques et peuvent être transmises.

Nous souhaitons également travailler avec des prestataires et sous-traitants locaux afin de soutenir l’économie du territoire.

Dès 2028, la production de l’usine Haifa d’Arles(13) viendra compléter celle de Lunel (34), inaugurée en 2014. - © Haifa France
Dès 2028, la production de l’usine Haifa d’Arles(13) viendra compléter celle de Lunel (34), inaugurée en 2014. - © Haifa France

Pourquoi investir dans les engrais à libération contrôlée aujourd’hui ? Est-on à un tournant agronomique ou réglementaire ?

Nicolas Tinetti : Nous produisons ces engrais depuis les années 2000. Leur pertinence est aujourd’hui renforcée par les enjeux environnementaux et économiques. Grâce à une microcapsule dont les pores se dilatent avec la chaleur et se contractent au froid, les nutriments sont libérés au moment où la plante en a besoin. Cela limite les pertes par lessivage et volatilisation. C’est un levier de transition, car les nutriments sont protégés, l’impact sur l’eau et l’air est réduit et l’efficience est améliorée.

Ces solutions peuvent-elles accompagner la transition agricole ?

Nicolas Tinetti : Oui, à condition qu’elles soient viables économiquement pour les agriculteurs et pertinentes pour l’environnement. Nous cherchons cet équilibre. L’objectif est de concilier performance agronomique, réduction des impacts et simplification du travail.

Pourquoi avoir retenu Arles pour cette implantation ?

Nicolas Tinetti : La localisation est un atout majeur. Arles est une véritable plateforme multimodale. Nous sommes à proximité du port de Fos-sur-Mer, un des plus grands ports français, avec des possibilités de transport fluvial sur le Rhône, ferroviaire avec des solutions de ferroutage et un accès autoroutier rapide. Cette logistique permet de réduire l’empreinte carbone.

Nous avons aussi travaillé avec des écologues pour limiter l’impact environnemental du projet, depuis la compensation foncière jusqu’au choix des essences végétales et des aménagements.

Olivier Boidin : Cette implantation renforce la résilience et la souveraineté industrielle. Elle permet aussi de mieux répondre à la demande européenne. Nous approvisionnons près de 40 pays, mais notre site de Lunel arrivait à saturation. Cette nouvelle usine apporte de la capacité supplémentaire et sécurise l’accès à des solutions techniques.

Quels segments seront ciblés et quelles ambitions vous fixez-vous ?

Nicolas Tinetti : Nos marchés historiques restent la vigne, l’arboriculture et le maraîchage mais nous voulons accélérer en grandes cultures, qui représentent la plus forte consommation d’azote, ainsi que sur les légumes industriels comme la pomme de terre.

L’objectif est de répondre à des problématiques précises, notamment sur les cultures à forte valeur ajoutée.

Nous développons également la nutrigation, qui combine irrigation et nutrition, ainsi que des outils d’aide à la décision. Des solutions comme CropTune permettent déjà un pilotage précis en pomme de terre, arboriculture, maraîchage ou encore en grande culture.

Olivier Boidin : Le marché français des engrais est dominé par les commodités à grand volume. Nos solutions sont techniques et ciblées. L’objectif n’est pas d’inonder le marché, mais de répondre à des problématiques précises, notamment sur les cultures à forte valeur ajoutée. Nous voulons améliorer l’efficience, gagner du temps et réduire les impacts carbone.

Cette implantation va aussi renforcer notre position sur le segment des polymères non nutritifs classés CMC9.