Agriculture 2050 : l’adaptation passera aussi par une recomposition des systèmes de production
Face au changement climatique, l’enjeu ne sera plus seulement d’adapter les pratiques agricoles, mais de repenser les systèmes de production et la répartition des cultures et des élevages sur le territoire. C’est l’ambition d’ARBC2050, une étude confiée à Inrae, qui débutera à l’automne 2026 pour trois ans. À partir de simulations agronomiques et économiques, l’étude évaluera différentes combinaisons de leviers : pratiques agricoles, innovations technologiques, gestion de l’eau et organisation des filières. L’objectif est d’imaginer une agriculture française productive, viable et souveraine à l’horizon 2050, capable de s’adapter au changement climatique tout en contribuant à son atténuation.
Le défi ne consiste plus seulement à adapter les pratiques
L’intensité du changement climatique impose désormais de raisonner l’agriculture à l’échelle des systèmes de production. Lancée dans le cadre du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, PNACC, l’étude ARBC2050, pilotée par Inrae, ne cherche pas uniquement à identifier les innovations les plus efficaces. Elle vise à évaluer les combinaisons de leviers capables de maintenir une agriculture productive et viable à l’horizon 2050, en tenant compte des ressources disponibles, des productions agricoles et de leur répartition sur le territoire.
Une agriculture qui ne produira plus forcément les mêmes cultures aux mêmes endroits
L’étude ARBC2050 part d’un constat simple : l’agriculture française devra s’adapter à un climat profondément différent de celui d’aujourd’hui. Pour construire ses scénarios, Inrae s’appuiera sur l’ensemble des connaissances scientifiques disponibles afin d’identifier les systèmes agricoles les plus adaptés aux conditions climatiques attendues en 2050.
L’un des enjeux sera notamment de projeter la place future des cultures et des élevages dans les territoires. « Nous allons localiser des cultures, des élevages, des systèmes de culture et des systèmes d’élevage en tenant compte du climat que l’on aura en 2050 et des contraintes biologiques des organismes vivants », explique Guy Richard, directeur de l’Expertise scientifique collective, de la Prospective et des Études de Inrae.
Cette approche pourrait conduire à mettre en évidence le déplacement de certaines productions vers d’autres régions, tandis que d’autres cultures deviendraient plus difficiles à maintenir dans les territoires les plus exposés au réchauffement.
Il faudra peut-être déplacer certaines productions vers d’autres régions, tandis que d’autres cultures deviendraient plus difficiles à maintenir dans les territoires les plus exposés au réchauffement.
L’étude ne vise toutefois pas à bâtir des scénarios théoriques déconnectés du terrain. Les hypothèses retenues devront s’appuyer sur les connaissances scientifiques existantes, acquises en France mais également dans des régions du monde dont le climat préfigure celui attendu demain sur le territoire français.
Les systèmes de culture avant les technologies
L’originalité du projet réside aussi dans la manière d’aborder les leviers d’adaptation. Plutôt que d’évaluer séparément la génétique, l’irrigation, la robotique ou le travail du sol, ARBC2050 cherchera à mesurer leurs effets lorsqu’ils sont combinés au sein de systèmes de production cohérents.
« L’étude pourra distinguer les éléments techniques, comme la génétique, l’irrigation ou le travail du sol. Mais elle mettra également l’accent sur l’importance du choix de l’assolement, des rotations et des cultures réellement mises en place », précise Guy Richard.
Le choix des cultures et des variétés cultivées apparaît d’ailleurs comme un déterminant majeur de l’adaptation. Les besoins en eau variant fortement selon les espèces, la composition des assolements pourrait peser davantage sur la résilience des territoires que certaines innovations techniques prises isolément. Les nouvelles techniques génomiques (NTG) seront intégrées aux scénarios, tout comme les autres leviers disponibles, sans être considérées comme une réponse unique aux défis climatiques.
L’étude entend également aller plus loin que les précédents exercices prospectifs en simulant non seulement les volumes de production obtenus selon différents scénarios climatiques, mais aussi leur variabilité et leurs conséquences sur le revenu des agriculteurs.
Une transformation assumée des systèmes agricoles
ARBC2050 n’a pas vocation à produire des recommandations techniques à destination des exploitations. Son objectif est d’éclairer les choix publics et de fournir un cadre de réflexion aux territoires, afin d’éviter que des stratégies d’adaptation développées indépendamment ne fragilisent l’autonomie alimentaire nationale.
Le projet repose ainsi sur une hypothèse de fond : l’adaptation ne pourra probablement pas se limiter à préserver les systèmes actuels grâce à de nouvelles technologies. Pour Guy Richard, l’enjeu impose d’envisager une transformation plus profonde de l’agriculture française.
« Il paraît difficile d’imaginer que la génétique, le stockage de l’eau ou l’irrigation suffiront à maintenir l’agriculture telle qu’elle existe aujourd’hui. », estime-t-il.
La prospective engagée par Inrae invite ainsi à penser une évolution plus large des systèmes agricoles, fondée à la fois sur les innovations disponibles, les choix d’assolement, la répartition des productions et les attentes alimentaires. L’enjeu n’est plus seulement d’adapter les pratiques, mais de définir quelles formes d’agriculture resteront capables d’assurer durablement la production alimentaire dans le climat de 2050.