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Biostimulants : construire un essai au champ pour ajuster la dose d’azote


La quantité d’engrais qu’une biosolution peut éventuellement compenser ne se déduit pas d’un gain de rendement moyen. Elle doit être estimée localement, en comparant plusieurs niveaux de fertilisation avec et sans produit. Une courbe de réponse à l’azote permet de repérer jusqu’où réduire la dose sans pénaliser la culture.

La vigueur des jeunes plants renseigne sur l’effet du produit, à confirmer à la récolte. - © Lidea
La vigueur des jeunes plants renseigne sur l’effet du produit, à confirmer à la récolte. - © Lidea

Vérifier que le témoin répond à la baisse d’azote

Avant d’évaluer une biosolution, encore faut-il placer la culture dans une situation où la diminution de la fertilisation produit un effet mesurable. Une parcelle recevant 30 unités d’azote de moins n’est pas nécessairement en situation de fertilisation limitante : si le rendement du témoin reste inchangé, l’essai ne permet pas de déterminer si le produit compense cette réduction.

Lidea a rencontré cette difficulté lors du développement de Nitro Boost. Après de premiers essais comprenant une dose de référence, une réduction de 50 unités et une modalité sans azote en 2022, le semencier a progressivement affiné ses protocoles. Des paliers de 30, 60 puis 90 unités ont été introduits pour faire apparaître une véritable réponse du témoin à la fertilisation.

« Dans beaucoup de cas, nous n’avions pas réellement de baisse de rendement du témoin. Nous n’avons donc pas considéré ces sites comme étant en fertilisation réduite », explique Mélanie Ludot, cheffe de projet innovation et biosolutions en agriculture chez Lidea.

Une absence de perte de rendement ne doit donc pas être interprétée automatiquement comme une compensation par le produit. Elle peut simplement indiquer que la dose de départ dépassait encore les besoins exprimés par la culture cette année-là.

Installer plusieurs bandes autour d’un témoin

Pour obtenir un premier repère à l’échelle de l’exploitation, Lidea propose un protocole simplifié en grandes bandes. Dans une zone aussi homogène que possible, une bande témoin est semée sans biostimulant et reçoit la dose d’azote habituellement calculée pour la parcelle. Deux ou trois bandes utilisant la biosolution sont implantées de part et d’autre, avec des réductions progressives de la fertilisation : par exemple −20, −40 et −60 unités, ou −30 et −60 unités.

À la récolte, chaque bande doit être pesée séparément. Le niveau de réduction le plus élevé permettant de conserver un rendement comparable à celui du témoin constitue alors un premier repère, propre à la parcelle, à la conduite et aux conditions de l’année.

L’idéal est d’utiliser un même lot de semences, dont une partie reçoit le biostimulant et l’autre le traitement standard. Lorsque cela n’est pas possible, Lidea indique qu’une même variété issue de deux lots différents peut être employée, la qualité des lots étant contrôlée et tracée par le semencier. Cette solution introduit néanmoins une source supplémentaire de variabilité, à prendre en compte dans l’interprétation.

Ce dispositif simplifié indique jusqu’où la fertilisation a pu être réduite dans une conduite associant la biosolution. Il ne permet toutefois pas d’isoler l’effet propre du produit.

Les essais comparent plusieurs niveaux d’azote pour estimer la réduction possible. - © Lidea
Les essais comparent plusieurs niveaux d’azote pour estimer la réduction possible. - © Lidea

Comparer à dose d’azote égale

Pour attribuer plus précisément un éventuel écart au biostimulant, chaque niveau de fertilisation réduit doit comporter une modalité avec produit et une autre sans produit. Une bande recevant X−20 unités avec le biostimulant est ainsi comparée à une bande recevant la même dose sans produit. Le dispositif peut être reproduit à X−40 et X−60.

La variété, le lot de semences lorsque cela est possible, la densité, la protection de semences, la date de semis et le reste de la conduite doivent être identiques. Lorsque la surface le permet, la répartition et la répétition des modalités dans la parcelle réduisent l’influence de son hétérogénéité.

À dose d’azote égale, l’écart de rendement entre les deux modalités peut alors être associé plus directement au biostimulant.

À dose d’azote égale, l’écart de rendement entre les deux modalités peut alors être associé plus directement au biostimulant. Des mesures de biomasse, de teneur en chlorophylle ou de développement racinaire peuvent aider à comprendre la réponse de la plante, mais elles ne remplacent pas la pesée séparée des récoltes. Un aspect plus vert ou plus vigoureux ne garantit pas à lui seul un gain final.

Rechercher un même rendement sur les deux courbes

La multiplication des niveaux de fertilisation permet de tracer deux courbes de réponse à l’azote, l’une sans biosolution et l’autre avec le produit. La quantité potentiellement compensée correspond à l’écart entre les doses nécessaires pour atteindre un même rendement.

Si, par exemple, la modalité avec biosolution atteint à X−60 le rendement obtenu sans produit à X−30, l’équivalent estimé est de 30 unités. Cette lecture est plus solide qu’une comparaison entre un témoin à pleine dose et une seule modalité réduite, car elle permet de situer les résultats sur l’ensemble de la réponse de la culture.

Répéter l’essai avant de généraliser le conseil

Un essai conduit pendant une campagne renseigne sur une combinaison donnée de sol, de météo, de variété et de niveau de fertilisation. La réponse peut changer l’année suivante, notamment avec le reliquat azoté, la disponibilité en eau ou les températures au démarrage.

Le résultat doit donc être considéré comme une première référence locale. Sa répétition sur plusieurs campagnes ou sa mise en commun avec des essais conduits selon le même protocole renforce la portée du conseil. Pour chaque modalité, il est également utile de conserver les informations sur le type de sol, le précédent, le reliquat, les apports, les dates d’intervention et les principaux stress subis par la culture.

Cette démarche permet moins de désigner définitivement un produit « adapté à un sol » que d’identifier les situations dans lesquelles sa réponse paraît suffisamment régulière pour envisager une réduction prudente de la fertilisation.

Chez Agronutrition : préserver la viabilité des micro-organismes

Avant même l’évaluation au champ, la formulation peut conditionner le résultat d’un produit microbien. Agronutrition sélectionne d’abord ses micro-organismes selon les fonctions recherchées, comme la fixation de l’azote atmosphérique, la mise à disposition du phosphore ou la production de molécules intervenant dans le développement des plantes.

Les candidats sont ensuite caractérisés et soumis à différents stress. « Une formulation mal équilibrée entraîne une perte de viabilité assez rapide des micro-organismes », souligne Hicham Ferhout, responsable recherche et développement des biofertilisants et biostimulants microbiens chez Agronutrition.

L’encapsulation, l’adhésion à la graine et la compatibilité avec les traitements de semences doivent permettre aux micro-organismes de rester viables entre l’enrobage et le semis. Pour interpréter un essai, le conseiller doit donc aussi tracer les conditions de stockage, la date de traitement des semences et les produits associés. Le respect des conditions d’emploi fait partie du protocole au même titre que les modalités de fertilisation.