Agrotendances

Viticulture et arboriculture : Gowan et Antofénol préparent le lancement de l’Antoferine


Antofénol et Gowan annoncent un partenariat pour la mise en marché de l’Antoferine, une solution de biocontrôle fongicide issue du bois de vigne. Testé depuis 2018 en arboriculture et en viticulture, ce produit à large spectre pourrait être lancé à partir de 2026-2027, avec l’ambition de s’inscrire dans les stratégies de réduction des IFT et d’optimisation des doses de cuivre.

Viticulture et arboriculture : Gowan et Antofénol préparent le lancement de l’Antoferine
Viticulture et arboriculture : Gowan et Antofénol préparent le lancement de l’Antoferine

Une stratégie commune autour du biocontrôle

Valoriser les sarments de vigne pour protéger les cultures : c’est le principe de l’Antoferine, une nouvelle solution de biocontrôle développée par la société française Antofénol et dont la commercialisation sera assurée par le groupe Gowan. Fruit de plus de dix ans de recherche, ce fongicide de biocontrôle s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire en réutilisant des coproduits viticoles. Elle vise en priorité les marchés de l’arboriculture et de la viticulture, avec une stratégie de déploiement progressive en Europe.

Développée par Antofénol, l’Antoferine repose sur un principe original : exploiter les molécules de défense naturellement produites par la vigne. « L’idée est d’utiliser le système de défense de la plante pour protéger les cultures », explique Fanny Rolet, PDG d’Antofénol. L’entreprise extrait du bois de vigne des phytoalexines, notamment le resvératrol, la viniférine et la vitisine, des composés reconnus pour leur activité antifongique.

Antofénol a développé un procédé d’extraction par micro-ondes pour récupérer les molécules des cellules végétales sans les altérer. - © Antofénol
Antofénol a développé un procédé d’extraction par micro-ondes pour récupérer les molécules des cellules végétales sans les altérer. - © Antofénol

Pour cela, la société a développé une technologie brevetée d’éco-extraction par hyperfréquences, utilisant les micro-ondes pour ouvrir les cellules végétales et récupérer l’ensemble des molécules qu’elles contiennent. « Cette technique nous permet d’extraire à la fois des composés hydrophiles et hydrophobes dans un mélange d’eau et d’éthanol, sans recourir à des solvants chimiques », précise la dirigeante. Les sarments et ceps de vigne utilisés comme matière première proviennent de vignobles français.« Dans un premier temps, nous prévoyons de valoriser entre 4 000 et 6 000 tonnes de bois de vigne par an, avec l’objectif d’atteindre 13 000 à 15 000 tonnes à terme. Cela ne représenterait encore qu’environ 3 % du gisement disponible en France », souligne Fanny Rolet.

Un biocontrôle à large spectre

Testée au champ depuis 2018 à travers plus de 300 essais en arboriculture et en viticulture, l’Antoferine a montré des résultats prometteurs sur plusieurs pathogènes. Les références les plus solides concernent aujourd’hui la tavelure du pommier, qui constitue l’usage représentatif du dossier d’homologation, ainsi que les maladies de conservation des fruits à pépins, notamment liées au Colletotrichum.

« On observe des efficacités de 50 à 80 % d’efficacité selon les pathogènes et les niveaux de pression. » Fanny Rolet

En viticulture et en arboriculture fruitière, les premiers essais indiquent également un potentiel intéressant contre le mildiou et le black-rot, la tavelure du pommier et les maladies de conservation des fruits à pépins. « L’Antoferine apporte une valeur ajoutée dans la gestion du combo black-rot et mildiou, en particulier dans un contexte d’optimisation des doses de cuivre. Elle s’intègre facilement aux programmes agricoles existants et peut aider à réduire les IFT », souligne Fanny Rolet. Des travaux sont également en cours sur d’autres pathogènes, comme la moniliose des fruits à noyaux ou encore le mildiou de la pomme de terre.

« En programme solo, on observe des efficacités de 50 à 80 % d’efficacité selon les pathogènes et les niveaux de pression. Et en programme combiné, on se situe au niveau des références utilisées par les agriculteurs », indique Fanny Rolet.

Répondre aux besoins des agriculteurs

Pour Gowan, ce partenariat s’inscrit dans une stratégie plus large de développement du biocontrôle. « Notre objectif est d’accompagner l’agriculture conventionnelle dans la réduction des IFT, de limiter les risques de résistances et d’apporter de nouvelles solutions aux filières biologiques », explique Martial Desfarges, responsable marketing national de Gowan France.

Dans cette perspective, l’Antoferine a été conçue pour s’intégrer facilement dans les pratiques existantes. Formulée sous forme liquide, elle ne nécessite pas de matériel spécifique et ne présente pas de contraintes météorologiques particulières, hormis un nouveau passage conseillé en cas de pluies supérieures à 20 mm. « L’objectif était de développer un produit facilement déployable, sans changer les pratiques de l’agriculteur », souligne Fanny Rolet.

La phase de déploiement reposera en grande partie sur l’accompagnement technique des distributeurs et des conseillers. Gowan France et Antofénol prévoient ainsi des formations dédiées et l’organisation de visites d’essais afin de partager les résultats obtenus et préciser les positionnements techniques.

«  Le rôle des technico-commerciaux sera essentiel pour trouver la bonne place du produit dans les programmes et accompagner les agriculteurs en fonction du risque et de la pression parasitaire » Martial Desfarges

«  Les instituts techniques et services techniques distribution seront également associés afin de consolider les références locales. Le rôle des technico-commerciaux sera essentiel pour trouver la bonne place du produit dans les programmes et accompagner les agriculteurs en fonction du risque et de la pression parasitaire », insiste Martial Desfarges. «  Nous travaillons au bon positionnement de l’Antoferine dans nos essais depuis plusieurs années en collaboration avec Antofénol, et prévoyons des visites d’essais arboriculture et vigne sur le mois de juin 2026 pour bien caler les préconisations » complète Martial Desfarges.

Lancement visé à partir de 2026-2027

Antofénol a engagé dès 2022 une procédure d’homologation européenne pour la matière active. L’entreprise attend un retour de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) d’ici fin 2027, avec une autorisation du produit fini envisagée autour de 2028. Dans l’intervalle, des demandes de dérogations temporaires pourraient permettre un déploiement anticipé sur certaines cultures et certains usages.

Une nouvelle usine de production située à Vedène, dans le Vaucluse, doit entrer en service en 2026 pour accompagner cette montée en puissance.

Pour Gowan et Antofénol, ce partenariat marque une étape importante dans la valorisation des coproduits viticoles et dans le développement de solutions de biocontrôle adaptées aux attentes des filières. « C’est aussi une façon de boucler la boucle : un extrait de bois de vigne qui revient au champ pour protéger les cultures, une approche circulaire en substituant de la matière active de synthèse par de la matière verte  », conclut Fanny Rolet.