Agrotendances

Gestion des résistances en vigne : l’essentiel à retenir pour les programmes 2026


Publiée en janvier 2026 par l’Institut Français de la Vigne et du Vin, la note technique commune sur les maladies de la vigne dresse un constat clair : les résistances aux fongicides sont désormais largement installées et la marge de manœuvre des programmes de protection se réduit. Limitation stricte des modes d’action, associations obligatoires, adaptation aux contextes locaux et mobilisation renforcée des leviers agronomiques constituent les piliers des recommandations pour préserver durablement l’efficacité des traitements.

Gestion des résistances en vigne : l’essentiel à retenir pour les programmes 2026
Gestion des résistances en vigne : l’essentiel à retenir pour les programmes 2026

Objectif

Préserver durablement l’efficacité des fongicides dans un contexte de résistances généralisées et de réduction des modes d’action disponibles.

Principes clés à intégrer dans tous les programmes

Raisonner en “gestion de l’efficacité” autant qu’en gestion de la résistance

  • De nombreux modes d’action sont désormais concernés par des résistances bien installées,

  • l’objectif n’est plus toujours d’éviter l’apparition de résistances, mais de compenser une efficacité partiellement dégradée,

  • les substances les plus fragilisées ne doivent jamais être utilisées seules.

Limiter strictement l’usage des modes d’action unisites

  • respecter les plafonds d’applications indiqués par famille chimique,

  • éviter toute succession de traitements avec le même mode d’action,

  • introduire systématiquement des breakers efficaces entre deux applications d’un même mode d’action,

  • raisonner les associations en tenant compte des résistances locales.

Toujours associer les substances fragilisées à un partenaire efficace

  • ne pas utiliser un mode d’action concerné par la résistance sans partenaire efficace,

  • privilégier les associations avec des substances multisites lorsque la pression maladie est élevée,

  • éviter les associations avec des partenaires à efficacité partielle en situation à risque.

Adapter les programmes au contexte parcellaire et climatique

  • ajuster les renouvellements en fonction des épisodes de contamination et de la météo,

  • tenir compte du niveau de résistance connu sur le bassin viticole,

  • réévaluer la stratégie en cours de campagne si la pression évolue.

Leviers agronomiques : des prérequis, plus des options

1. Réduire la vigueur pour réduire la pression maladies : choix du porte-greffe, du cépage et du clone dès l’implantation ; maîtrise des apports, notamment azotés ; enherbement raisonné pour limiter la vigueur excessive.

2. Travailler la structure du couvert végétal : rognages raisonnés ; travaux en vert pour éliminer la végétation très sensible ; amélioration de l’aération de la haie foliaire pour limiter la propagation des maladies.

3. Limiter les foyers primaires : élimination des pampres et rejets à la base des souches ; gestion des zones favorables à l’humidité (mouillères) ; vigilance accrue sur les parcelles historiquement à risque.

4. Soigner la qualité de pulvérisation : réglage précis du matériel ; adaptation du volume de bouillie au stade végétatif ; recherche d’une bonne pénétration de la végétation ; éviter les applications inefficaces qui renforcent la pression de sélection.

Biocontrôle : un levier complémentaire

Les solutions de biocontrôle constituent un levier intéressant dans la protection des cultures, notamment parce qu’elles ne sont pas concernées par les phénomènes de résistance observés avec certaines substances de synthèse. En revanche, leur efficacité intrinsèque est le plus souvent partielle et fortement dépendante du positionnement, des conditions d’application et du niveau de pression des bioagresseurs.

Leur intérêt réside donc avant tout dans une utilisation en complément des stratégies conventionnelles, au sein de programmes de protection intégrés. Employées seules, elles ne permettent généralement pas de maîtriser efficacement des situations de forte pression parasitaire, mais contribuent à renforcer la robustesse globale des itinéraires techniques et à sécuriser les performances dans la durée.

À retenir

  • moins de traitements = moins de pression de sélection,
  • chaque intervention doit être justifiée techniquement,

  • la durabilité des programmes repose sur la combinaison raisonnée des leviers chimiques, agronomiques et prophylactiques,

  • préserver l’existant est aujourd’hui un enjeu stratégique majeur pour la viticulture.

Source : Note technique commune « Résistances - maladies de la vigne 2026 », IFV, Inrae, Anses, DGAL, Chambres d’agriculture, Comité Champagne (janvier 2026).