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« Les biostimulants vont devenir un outil de pilotage agronomique à part entière » Mark Schulz, ICL


Longtemps identifié comme un spécialiste de la fertilisation minérale, ICL investit désormais le marché des biostimulants avec sa gamme Beoz. Pour Mark Schulz, directeur général d’ICL France-Benelux, cette évolution s’inscrit dans la continuité de l’expertise historique du groupe en nutrition des cultures et en gestion des stress hydriques. Dans un marché en phase de professionnalisation, l’objectif est d’apporter des solutions ciblées, capables d’améliorer l’efficacité des programmes de fertilisation et la résilience des cultures.

« Les biostimulants vont devenir un outil de pilotage agronomique à part entière » Mark Schulz, ICL
« Les biostimulants vont devenir un outil de pilotage agronomique à part entière » Mark Schulz, ICL

Entretien avec Mark Schulz, directeur général d’ICL France-Benelux

Agro Matin : Qu’est-ce qui a conduit ICL à développer une offre de biostimulants en complément de ses engrais de spécialité ?

Mark Schulz : Le point de départ est le contexte agronomique. Les agriculteurs sont confrontés à des alternances météorologiques de plus en plus marquées et à une forte volatilité du prix des engrais. Cela crée un besoin de solutions capables de mieux répondre à ces situations.

ICL est une entreprise d’origine israélienne qui a un savoir-faire historique en gestion de stress des plantes, notamment hydrique. Depuis plus de 80 ans, nous travaillons à développer des solutions adaptées à ces contraintes, comme en fertirrigation où nous faisons partie des entreprises pionnières.

Depuis une quinzaine d’années, notre stratégie consiste à évoluer vers des produits de spécialité, comme les engrais enrobés, les solubles ou les liquides. Nous investissons fortement en recherche et développement pour accompagner cette évolution. Solutions complémentaires, nos biostimulants s’inscrivent dans cette continuité depuis cinq ans. Des développements ont été lancés au Brésil avant d’être adaptés aux besoins européens.

Agro Matin : Les biostimulants s’inscrivent-ils dans une continuité logique des fertilisants ou dans une évolution plus profonde vers la performance des plantes ?

M. S. : C’est clairement une continuité logique. Les biostimulants sont complémentaires aux fertilisants et s’inscrivent dans une logique globale vers plus d’efficience, pour une agriculture de performance durable, où l’on cherche à produire mieux, avec moins, en s’appuyant davantage sur les capacités intrinsèques du végétal. Historiquement, nous avons développé notre expertise pour répondre aux problématiques rencontrées par les agriculteurs israéliens. Cette compétence a ensuite été exportée dans d’autres régions du monde.

Aujourd’hui, nous allons plus loin en nous intéressant davantage à la physiologie des cultures. Nous cherchons à comprendre ce qui se passe dans la plante pour l’accompagner dans l’expression optimale de son potentiel et pas seulement répondre à ses besoins nutritionnels.

Agro Matin : Comment articulez-vous aujourd’hui nutrition minérale et biostimulation ?

M. S. : Pour nous, les deux approches sont totalement complémentaires. J’utilise souvent l’image d’un programme de remise en forme : les biostimulants ne remplacent pas les nutriments, ils aident la plante à mieux les utiliser.

« Les biostimulants ne remplacent pas les nutriments. C’est un peu comme un programme de remise en forme : ils aident la plante à mieux utiliser ce qu’elle a à sa disposition. »

Leur rôle est notamment de favoriser l’absorption des éléments nutritifs. Certains nutriments peuvent être bloqués dans le sol ou moins bien assimilés lorsque la plante subit un stress. Dans ces situations, les biostimulants permettent d’améliorer leur disponibilité ou leur utilisation par la culture. Par exemple, nos solutions de dernière génération amplifient la réaction de la plante face à un effet recherché, grâce à l’association de substances ciblées et de métabolites.

Agro Matin : Comment jugez-vous aujourd’hui la maturité du marché des biostimulants ?

M. S. : Le marché entre dans une nouvelle phase. Les biostimulants se sont fortement développés au cours des dix dernières années, mais nous arrivons désormais à un stade où les utilisateurs attendent davantage de preuves et de fiabilité.

En cultures spécialisées, l’utilisation est déjà bien ancrée. En grandes cultures, la dynamique reste forte mais les agriculteurs recherchent des solutions capables de démontrer un retour sur investissement clair.

Je pense que nous allons assister à une professionnalisation du secteur. Les produits les moins performants disparaîtront progressivement au profit de solutions plus ciblées, aux effets mieux documentés et mesurables, intégrées dans des programmes de fertilisation complets et capables d’apporter des résultats reproductibles.

Agro Matin : Quelles sont aujourd’hui les principales attentes des agriculteurs ?

M. S. : Aujourd’hui, la première préoccupation est la rentabilité économique. Les agriculteurs cherchent avant tout à améliorer l’efficacité des intrants et à sécuriser leurs résultats dans un contexte où les coûts restent élevés.

Certains producteurs réfléchissent à l’évolution de leurs systèmes de culture et de leurs rotations afin de mieux répondre aux contraintes économiques actuelles.

Cette recherche d’efficacité peut prendre différentes formes : améliorer l’utilisation des nutriments, adapter les modes d’application ou encore optimiser le fonctionnement du sol. Nous observons également que certains producteurs réfléchissent à l’évolution de leurs systèmes de culture et de leurs rotations afin de mieux répondre aux contraintes économiques actuelles.

Agro Matin : Quelle est la logique de développement de la gamme Beoz ?

M. S. : Nous avons développé une gamme de produits répondant chacun à un stress ciblé par culture. Certaines solutions ciblent les stress abiotiques comme la chaleur ou le manque d’eau. D’autres accompagnent le développement racinaire, notamment lors des premières phases de croissance, qui sont souvent déterminantes pour la suite du cycle.

Nous disposons également de solutions destinées à améliorer l’absorption des nutriments et la croissance végétative. Notre approche consiste à proposer des produits ciblés sur des besoins clairement identifiés plutôt qu’une solution unique censée répondre à toutes les problématiques.

Notre innovation repose sur la technologie Métabolites, qui fait de Beoz une nouvelle génération de biostimulants. Elle consiste à sélectionner de manière très précise les métabolites, qui sont des molécules libérées par les bactéries du sol, et de les associer à des substances biostimulantes performantes pour accroître les effets recherchés comme la résistance aux stress abiotiques, le développement racinaire ou d’autres. Les plantes peuvent ainsi exploiter tout leur potentiel biologique même dans des conditions difficiles.

Agro Matin : Comment démontrez-vous l’efficacité de ces produits auprès des distributeurs et des agriculteurs ?

M. S. : Nous travaillons toujours en collaboration avec nos clients et avec des organismes spécialisés dans l’expérimentation. Nous avons ciblé plusieurs groupes de cultures sur lesquels nous estimons que nos solutions peuvent apporter le plus rapidement de la valeur.

Il faut générer des données techniques et valider les performances en conditions réelles, sur le terrain.

Les essais sont menés à différentes échelles. Certains sont réalisés par des structures indépendantes afin de produire des références solides. D’autres sont conduits directement avec nos clients. Cette complémentarité nous permet à la fois de générer des données techniques et de valider les performances dans les conditions réelles du terrain. Actuellement, 55 essais sont en cours en France et plus de 220 en Europe sur 30 cultures différentes. Toutes les régions françaises sont testées. Une quinzaine d’essais permettront de renforcer les données en vigne et arboriculture. Près de 20 essais sont menés sur céréales et colza.

Agro Matin : Quels sont les principaux freins à l’adoption des biostimulants ?

M. S. : Le principal défi est le temps nécessaire pour démontrer l’efficacité d’un produit. Un biostimulant ne peut pas être évalué sur un seul essai ou sur une seule campagne. Il faut accumuler des références dans différents contextes et sur plusieurs cultures.

La réglementation constitue également un enjeu important puisqu’il est nécessaire d’obtenir l’ensemble des autorisations pour commercialiser les produits. Enfin, le contexte actuel pousse les distributeurs à rationaliser leur portefeuille. Pour un nouvel entrant, cela implique de démontrer rapidement sa valeur ajoutée et sa fiabilité.

En viticulture comme dans d’autres filières, les biostimulants pourraient progressivement s’intégrer aux itinéraires techniques aux côtés de la fertilisation et des autres leviers agronomiques. - © ICL
En viticulture comme dans d’autres filières, les biostimulants pourraient progressivement s’intégrer aux itinéraires techniques aux côtés de la fertilisation et des autres leviers agronomiques. - © ICL

Agro Matin : Quelle place les biostimulants occuperont-ils dans les systèmes de production dans les cinq à dix prochaines années ?

M. S. : Je suis convaincu que les biostimulants vont prendre une place de plus en plus importante. Nous l’observons déjà dans certains pays comme le Brésil, où ils représentent désormais une part significative de notre activité.

Les biostimulants s’intègreront systématiquement dans les itinéraires techniques de manière plus structurée et positionnés à des stades clés pour sécuriser la performance. L’approche sera plus ciblée et pilotée avec le développement de la donnée, des outils digitaux, leur utilisation sera raisonnée en fonction des conditions réelles (météo, sol, stress attendu). Bien entendu, il y aura une exigence accrue de preuve et de performance économique avec des solutions démontrant clairement le retour sur investissement.

Pour autant, ils ne remplaceront pas les fertilisants. Ils viendront compléter les solutions existantes. Les agriculteurs auront toujours besoin d’engrais, qu’ils soient granulés, solubles ou liquides. Les biostimulants constitueront un levier supplémentaire pour accompagner la performance et la résilience des cultures. Je suis même persuadé qu’à l’avenir, les biostimulants devraient être de moins en moins utilisés seuls et de plus en plus intégrés à des programmes complets associant semences, fertilisation et nutrition des cultures.