NH4R : le lauréat de Make It Agri veut récupérer l’azote des stations d’épurations pour la fertilisation
Lauréat de la dernière édition de Make It Agri, NH4R a convaincu le jury avec une approche originale de la fertilisation azotée. Son procédé vise à récupérer l’azote présent dans les stations d’épuration afin de produire un engrais minéral local. En s’inscrivant dans une logique de circularité des nutriments, le projet ambitionne de réduire la dépendance aux engrais azotés de synthèse et aux fluctuations du prix du gaz.
Un projet né d’une réflexion sur la production d’engrais
À l’origine de NH4R, on retrouve Henri Méausoone, étudiant ingénieur en agronomie et agro-industrie à UniLaSalle. En travaillant sur le bilan carbone des engrais azotés au cours de sa formation, il s’interroge : comment produire de l’azote autrement que par le procédé Haber-Bosch, fortement dépendant du gaz naturel ? De cette réflexion naît l’idée de récupérer l’azote présent dans les stations d’épuration pour le transformer en fertilisant. « Nous sommes partis du constat que beaucoup de personnes travaillaient déjà sur l’amélioration du procédé Haber-Bosch. Nous avons donc cherché une autre approche », explique-t-il.
Cette réflexion le conduit à s’intéresser aux stations d’épuration. Aujourd’hui, l’azote présent dans les eaux usées est éliminé lors du traitement biologique avant d’être rejeté dans l’atmosphère. L’idée de NH4R consiste à modifier cette étape afin de récupérer cet azote sous forme d’ammoniac et de le transformer en fertilisant. « On utilise des engrais azotés pour faire pousser nos aliments, puis cet azote revient dans les stations d’épuration. L’objectif est de fermer cette boucle de l’azote », résume le jeune ingénieur.
L’objectif est de fermer cette boucle de l’azote.
Le procédé vise à produire un engrais contenant de l’azote ammoniacal, directement assimilable par les plantes. « C’est un azote minéral, pas organique. Il est directement valorisé par les cultures. Ce qui est intéressant, c’est que d’un point de vue agronomique, il n’y a pas de différence avec un engrais minéral classique », soutient-il.
D’un point de vue agronomique, Henri Méausoone estime que son utilisation ne modifierait pas le raisonnement de fertilisation. Les périodes d’apport resteraient comparables à celles des autres engrais azotés. En revanche, le mode d’application évoluerait : le produit serait destiné à être épandu, notamment sur les prairies ou sur toute culture pouvant recevoir ce type d’apport.
Une production locale pour sécuriser l’approvisionnement en azote
Au-delà de l’intérêt environnemental, le projet met en avant un modèle de production territorialisé. Contrairement aux engrais azotés conventionnels, dont le coût dépend fortement du prix du gaz, NH4R s’appuie sur une ressource disponible en continu. « Une station d’épuration traite à peu près toujours le même volume d’azote, avec une variation d’environ 10 %. Cela permet d’avoir une production régulière. Le prix dépend surtout de l’électricité, qui reste beaucoup plus stable que celui du pétrole ou du gaz », explique Henri Méausoone.
Le prix dépend surtout de l’électricité, qui reste beaucoup plus stable que celui du pétrole ou du gaz.
Autre atout mis en avant : la proximité entre production et utilisation. L’objectif est de valoriser l’engrais dans un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de la station d’épuration afin de limiter les coûts de transport et d’épandage.
Le procédé a également été conçu pour garantir la qualité du produit final. « Seul l’ammoniac est récupéré. Les métaux lourds ne s’évaporent pas et les bactéries restent dans l’eau. En plus, la solution subit un traitement thermique à 80 °C », précise Henri Méausoone. Cette étape permet aussi de garantir une composition constante du fertilisant.
À terme, le potentiel de la filière pourrait être significatif. Le porteur du projet estime qu’environ 1 200 stations d’épuration, parmi les plus importantes, pourraient être équipées en France. Elles représentent près de 75 % de la charge azotée traitée, soit un potentiel d’environ 300 000 tonnes d’azote par an, équivalent à 20 % de la consommation française actuelle d’engrais azotés.
Le projet entre désormais dans une nouvelle phase de développement. Une première unité de démonstration est envisagée sur la station d’épuration de Beauvais, où une lettre d’intérêt a déjà été signée. Une étude d’ingénierie doit permettre de dimensionner les équipements avant le lancement du démonstrateur, dont l’investissement est estimé à 3 millions d’euros. Des essais agronomiques sont également prévus afin de confirmer le comportement du fertilisant dans les conditions de terrain.
La victoire au concours Make It Agri constitue un accélérateur pour cette nouvelle étape. « Le prix nous permet de financer une partie des travaux de recherche sur la synthèse de l’engrais. Mais il nous a aussi permis de rencontrer des acteurs du monde agricole, aussi bien à l’amont qu’à l’aval de la filière », se réjouit Henri Méausoone. Si le calendrier est respecté, Henri Méausoone espère voir le démonstrateur entrer en service début 2028, avec une première diffusion de cette nouvelle source d’azote envisageable à l’horizon 2028-2029.