« Plus les conditions deviennent difficiles, plus nous avons besoin de diversité de solutions » (W. Saadé)
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Les biostimulants à l’épreuve du climat : de l’innovation produit à la gestion du risque agronomique
Préserver la dynamique engagée, poursuivre les efforts de pédagogie et défendre la diversité des technologies : telles sont les priorités affichées par Walid Saadé, nouveau président de la section biostimulants de France Fertilisants. Dans un contexte agricole tendu et face à des attentes croissantes en matière d’efficacité, le directeur général de Compo Expert France estime que l’avenir du secteur passe autant par l’innovation que par une meilleure compréhension des solutions proposées.
Entretien avec Walid Saadé, nouveau président de la section biostimulants de France Fertilisants.
Pourquoi avoir accepté de prendre la présidence de la section biostimulants de France Fertilisants aujourd’hui ?
J’ai accepté cette responsabilité par sens du devoir. Jean-François Ducret a été un excellent président pendant sept ans et nous avons toujours travaillé en étroite collaboration. Jusqu’à présent, je suis plutôt resté dans l’ombre, notamment parce que Compo Expert France est une PME, ce qui implique que son dirigeant doit rester très opérationnel.
Il se trouve également que je fais partie des membres les plus anciens de France Fertilisants, ce qui me donne une certaine connaissance de l’histoire de la section. Par ailleurs, Compo Expert investit dans les biostimulants depuis plus de vingt ans, que ce soit dans les technologies à base d’algues ou dans les démarches d’homologation.
Je n’ai pas vocation à rester éternellement à ce poste. La section compte aujourd’hui de nombreux jeunes talents aux compétences remarquables. Mon objectif sera aussi de les accompagner, de leur donner davantage de responsabilités et de préparer la relève.
Quelle sera votre priorité numéro un durant ce mandat ?
La section fonctionne bien et affiche une réelle dynamique. Les actions inscrites dans le plan annuel sont cohérentes et ambitieuses. Ma priorité sera donc de préserver cet élan, en poursuivant le travail engagé autour de la pédagogie et de la compréhension des biostimulants. Je souhaite m’inscrire dans la continuité du travail réalisé jusqu’à présent. Nous disposons d’une feuille de route ambitieuse au sein de France Fertilisants, fondée sur une réflexion approfondie concernant notre rôle dans la souveraineté alimentaire et industrielle.
Face aux nouveaux défis climatiques, aucune solution unique ne peut répondre à toutes les situations.
La section biostimulants continuera de défendre le principe d’une fertilisation associée, qui repose sur la complémentarité des entreprises, des technologies et des savoir-faire. Face aux nouveaux défis climatiques - sécheresse, excès d’humidité, épisodes de fraîcheur ou de chaleur - aucune solution unique ne peut répondre à toutes les situations. Plus les conditions deviennent complexes, plus la diversité des approches devient essentielle.
Je suis particulièrement satisfait de voir coexister au sein de la section des PME innovantes et de grands groupes internationaux. Bien sûr, chaque entreprise a ses intérêts propres, mais c’est la force du collectif qui doit continuer à primer.
Quel est selon vous le principal défi collectif de la filière en France ?
La conjoncture agricole est difficile. Dans ce contexte, le premier réflexe de nombreux agriculteurs est de réduire leurs charges et les biostimulants figurent souvent parmi les premiers postes remis en question. C’est un véritable défi pour notre filière, car les perspectives de croissance que nous anticipions il y a trois ou quatre ans seront inévitablement affectées. Dans le même temps, de nombreuses entreprises continuent d’émerger et la richesse des innovations et le nombre de brevets constituent une formidable opportunité.
Cependant, si nous ne menons pas collectivement un travail de pédagogie sur ce que sont réellement les biostimulants, sur leur origine mais aussi sur leurs limites, nous prenons le risque de décrédibiliser l’ensemble du secteur. Nous devons faire preuve de retenue, d’honnêteté intellectuelle et de rigueur dans nos messages. C’est un défi à la fois économique et comportemental, d’autant que les acteurs du secteur sont majoritairement des PME qui disposent de moyens limités pour communiquer.
Les biostimulants souffrent-t-ils encore d’un déficit de crédibilité auprès des agriculteurs et des conseillers ?
Dans les réseaux de distribution, les situations sont très variables. Les conseillers maîtrisent parfaitement les produits de fertilisation classiques, qu’il s’agisse du phosphore, de la potasse ou des inhibiteurs. Les biostimulants ne font pas encore pleinement partie de la culture historique des fabricants d’engrais traditionnels. Ces produits issus du vivant reposent sur des mécanismes plus complexes que ceux de la fertilisation minérale classique, ce qui peut parfois freiner leur appropriation et leur compréhension.
Mieux vaut retenir trois arguments solides plutôt que d’en présenter dix.
Les distributeurs sont sollicités par de nombreux acteurs dont les discours se ressemblent souvent. Il est donc essentiel de mieux expliquer les modes d’action et les spécificités des différentes technologies. Cela suppose un important travail de pédagogie auprès des conseillers. Sans cette appropriation technique, ils auront naturellement tendance à éviter le sujet lors de leurs échanges avec les agriculteurs.
Cette responsabilité incombe à la fois à France Fertilisants et aux entreprises elles-mêmes. J’ai par exemple toujours expliqué à mes équipes commerciales qu’il valait mieux retenir trois arguments solides plutôt que d’en présenter dix.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins réglementaires ou administratifs au développement des biostimulants ?
Plusieurs freins réglementaires subsistent encore. Le premier concerne les renouvellements d’homologation dans le cadre de la reconnaissance mutuelle européenne. Les modalités restent insuffisamment claires avec des carences administratives qui obligent les entreprises à déposer un nouveau dossier avec un nouveau nom et un nouveau numéro d’AMM, créant d’énormes difficultés de gestion des stocks et de complexité. Par ailleurs, certains produits continuent d’être commercialisés sous un statut déclaratif comme les normes NFU, alors qu’ils relèvent du statut de biostimulants et devraient donc faire l’objet d’une autorisation de mise en marché ou bien d’une évaluation de conformité selon le règlement européen. Pour préserver la crédibilité de la filière, il est essentiel que l’ensemble des industriels s’engagent dans les démarches d’homologation adaptées. Nous avons également besoin d’une accélération de l’évaluation des dossiers d’autorisation de mise sur le marché. La procédure de reconnaissance mutuelle est théoriquement encadrée par un délai de trois mois, mais elle reste relativement restrictive dans son application.
En France, l’obtention d’une homologation nécessite jusqu’à 24 mois. La situation s’est améliorée, mais ce délai reste difficilement supportable pour de nombreuses PME. Il constitue un frein à l’innovation et à la diversité des acteurs. Un délai maximum de l’ordre de douze mois offrirait un meilleur équilibre entre l’exigence d’évaluation des dossiers et la capacité des entreprises à rentabiliser leurs investissements.