Agrostratégie

Les ressources sous-valorisées, un nouveau terrain d’exploration du conseil agricole


Face à la volatilité des marchés et à la recherche de nouvelles sources de revenus, l’identification de débouchés alternatifs devient un enjeu croissant pour les agriculteurs. Le projet Fermaval, lancé dans l’espace transfrontalier franco-espagnol, explore une approche originale : partir des ressources agricoles peu valorisées présentes sur les territoires avant d’imaginer les produits et les marchés capables de les valoriser. Une démarche qui interpelle directement les métiers du conseil.

La fermentation ouvre de nouveaux débouchés aux coproduits agricoles. - © CHA production
La fermentation ouvre de nouveaux débouchés aux coproduits agricoles. - © CHA production

Repérer les gisements avant de construire les filières

Fruits déclassés, lactosérum, céréales mineures, coproduits de transformation : de nombreuses matières issues des exploitations agricoles restent aujourd’hui peu valorisées, faute de débouchés structurés. Le projet Fermaval explore le potentiel de la fermentation pour mieux valoriser ces ressources.

Le projet se distingue par sa méthode. Les démarches d’innovation partent généralement d’un produit ou d’un marché identifié. Fermaval adopte une approche inverse, fondée sur les ressources disponibles.

« D’habitude, on a déjà l’idée du produit qu’on va développer techniquement. Ici, on a choisi de partir plus loin, en se disant qu’on allait d’abord cartographier les matières premières peu ou sous-utilisées », explique Gwenaëlle Jard, coordinatrice du projet et enseignante-chercheuse à l’école d’ingénieurs de Purpan.

L’objectif : identifier les ressources présentes sur les territoires concernés, analyser leur potentiel de transformation et confronter ces éléments aux attentes du marché avant de définir les produits à développer.

Avec Shagi Dubédat, ancienne étudiante et chargée de mission dans le cadre du projet transfrontalier, l’équipe assure le recensement des acteurs et de leurs besoins. « Nous sommes activement à la recherche de producteurs, transformateurs et structures disposant de matières premières ou de coproduits sous-valorisés (lactosérum, fruits et légumes déclassés, légumineuses, céréales, etc.) susceptibles d’être valorisés dans le cadre du projet ».

Les conseillers agricoles en position de veille

Les conseillers agricoles occupent une position privilégiée dans cette phase exploratoire. Leur proximité avec les exploitations leur permet d’identifier des ressources peu valorisées ou encore mal intégrées aux filières existantes.

« Ils peuvent être des relais locaux intéressants, puisqu’ils sont en contact avec les producteurs et les transformateurs », souligne la coordinatrice du projet.

Cette position ouvre des perspectives d’évolution vers un rôle accru de veille sur les opportunités de diversification et de valorisation, en complément de l’accompagnement des productions existantes.

Des pistes encore ouvertes

Les produits potentiels restent à définir. Plusieurs pistes sont à l’étude : boissons fermentées, condiments, ou produits inspirés de fermentations traditionnelles comme le miso ou le tempeh. Le projet reste à ce stade dans une phase exploratoire. Les porteurs de Fermaval entendent d’abord tester les conditions de faisabilité avant d’envisager une structuration de filière. « Nous allons étudier le marché, le potentiel et l’avis des consommateurs avant de définir les produits », précise l’équipe projet. La disponibilité d’une ressource ne suffit pas à garantir un débouché économiquement viable.

Le projet s’inscrit dans une logique d’économie circulaire visant à mieux valoriser des matières aujourd’hui sous-exploitées et à renforcer les synergies locales. « L’idée, c’est d’éviter le gâchis alimentaire et d’être dans une démarche d’économie circulaire », résume Gwenaëlle Jard. Au-delà de l’enjeu environnemental, la démarche interroge la capacité des territoires agricoles et agroalimentaires à créer davantage de valeur à partir de ressources existantes.

Dans cette dynamique, le conseil agricole est lui aussi amené à évoluer, face à des exploitations en quête de diversification et de nouvelles voies de valorisation. Le repérage de ressources sous-exploitées, la mise en relation des acteurs et l’accompagnement de projets collectifs s’intègrent progressivement dans ses missions.