Agrostratégie

Légumes : pourquoi les volumes débordent cette année


Cette année, plusieurs filières légumières font face à des volumes en forte hausse, notamment sur les poireaux, les choux-fleurs et les pommes de terre. En cause, une météo particulièrement douce qui a dopé les productions, combinée à une demande insuffisante pour absorber l’ensemble de l’offre.

Légumes : pourquoi les volumes débordent cette année
Légumes : pourquoi les volumes débordent cette année

Des volumes difficiles à écouler

Poireaux, choux-fleurs, pommes de terre, plusieurs filières légumières sont confrontées cette année à un afflux de volumes difficile à absorber. Sur les marchés, l’offre dépasse la demande et les prix reculent. Derrière cette situation, une combinaison de facteurs conjoncturels et structurels.

Premier moteur de cette surproduction, la météo. Les températures exceptionnellement douces de l’hiver et du début de printemps ont accéléré les cycles de culture et favorisé des rendements élevés. Les récoltes sont à la fois plus abondantes et plus précoces, ce qui concentre les volumes sur une période réduite. En choux-fleurs, l’avance atteint localement une dizaine de jours, avec des pics de production. Les poireaux ont également profité de ces conditions, avec une croissance rapide et des disponibilités importantes.

Deuxième facteur, la consommation. Les légumes d’hiver restent étroitement liés aux conditions climatiques. Lorsque les températures remontent, la demande ralentit. Cette année, le décalage est net entre une offre dynamique et des débouchés moins actifs. Les marchés se retrouvent rapidement saturés, faute d’écoulement suffisant.

Le cas de la pomme de terre illustre un déséquilibre plus installé. La campagne 2025-2026 atteint un niveau de production élevé, supérieur à 8 millions de tonnes en France. En face, les débouchés marquent le pas. La demande industrielle se montre plus prudente et les exportations ne compensent pas l’ensemble des volumes. L’augmentation des surfaces ces dernières années renforce cette pression sur le marché.

Ce type de déséquilibre n’est pas inédit. Il se reproduit régulièrement lorsque météo favorable, récoltes concentrées et demande plus atone se combinent, mettant rapidement sous pression les marchés des légumes frais.

Des débouchés de crise pour gérer les excédents de pommes de terre

Face aux volumes excédentaires, la filière Pomme de Terre s’est organisée pour multiplier les solutions de valorisation, avec en premier lieu les dons alimentaires via le réseau SOLAAL, en lien avec les interprofessions. Cette voie permet d’orienter une partie des stocks vers l’aide alimentaire, lorsque la qualité sanitaire le permet.

L’alimentation animale constitue un autre débouché, facilité par une plateforme de mise en relation entre producteurs et éleveurs. Les échanges sont réalisés de manière encadrée, sans intermédiaire commercial, et privilégient les circuits de proximité pour limiter les coûts logistiques.

La méthanisation représente également une solution de valorisation énergétique. Les pommes de terre doivent alors être propres, déterrées et éventuellement broyées pour faciliter leur intégration dans les unités, avec une organisation logistique à anticiper afin de répartir les flux entre plusieurs sites.

Lorsque ces débouchés ne suffisent pas, des solutions internes à l’exploitation peuvent être envisagées de manière exceptionnelle. L’épandage au champ permet de restituer une partie des éléments fertilisants au sol, mais il reste strictement encadré par la réglementation environnementale, notamment en zones vulnérables, et doit intégrer les risques agronomiques (repousses, bioagresseurs, maladies de quarantaine).

Le compostage constitue une alternative plus lente mais stabilisatrice, à condition de disposer de substrats adaptés et de respecter des conditions strictes de montée en température et de retournement. Enfin, en dernier recours, la mise en tas peut être autorisée pour dégrader les volumes non valorisés, sous réserve de précautions sanitaires et environnementales.

Les solutions existent donc pour absorber une partie des excédents, mais elles restent des ajustements de court terme face à un déséquilibre plus large entre production et débouchés. Dans un contexte de forte variabilité des marchés et des conditions climatiques, la question de l’adéquation entre volumes produits et capacités d’écoulement s’impose un peu plus comme un enjeu structurel pour la filière légumière.