Femmes dans l’agriculture : recul des cheffes d’exploitation mais forte présence dans le salariat
En 2024, les femmes représentent 26,5 % des non-salariés agricoles en France, avec une légère baisse des cheffes d’exploitation mais une présence stable dans le salariat. Les tendances révèlent des profils majoritairement jeunes et actifs dans les filières traditionnelles et la viticulture, tout en soulignant des disparités dans l’âge, le statut et les risques professionnels.
Une légère baisse des cheffes d’exploitation et collaboratrices
En 2024, la population active non-salariée agricole féminine s’élève à 112 699 femmes, en recul de 3,4 % par rapport à 2023. Parmi elles, 100 948 sont cheffes d’exploitations ou d’entreprises agricoles (-2,2 %) et 11 751 collaboratrices d’exploitation (-11,8 %). Les femmes représentent ainsi 26,5 % des non-salariés agricoles, et 5,1 % dirigent une entreprise agricole, proportion stable depuis l’an dernier.
Si elles représentent 33 % des nouvelles installations, la majorité choisit le statut de cheffe d’exploitation (96 %) et très peu celui de cheffe d’entreprise (4 %). L’âge moyen des femmes cheffes d’exploitation ou d’entreprise est de 50,9 ans, légèrement supérieur à celui des hommes (48,5 ans). Plus d’une sur cinq a plus de 60 ans, et seulement 22,4 % ont 40 ans ou moins.
Au cours de la décennie, la part des installations tardives chez les femmes (après 40 ans, y compris les transferts entre époux) a diminué de 15,9 points, pour s’établir à 39,8 % en 2024. Hors transferts, 33 % des femmes de 40 ans ou plus se sont installées (-2 points par rapport à 2023), contre 22 % des hommes. Les installations via transfert entre époux concernent 6,8 % des femmes, contre 0,3 % des hommes, selon la MSA.
Côté salariat, 409 251 femmes travaillent dans la production agricole, soit 1 585 de plus qu’en 2023. Elles représentent 34,8 % des salariés du régime, avec un âge moyen de 39,7 ans. La majorité exerce dans la viticulture (31,8 %), les cultures spécialisées (30,1 %) ou la polyculture-élevage (18 %), une hiérarchie stable depuis dix ans.
Une exploitation sur trois dirigée par une femme seule ou en équipe
En 2024, 29,5 % des exploitations et des entreprises agricoles sont exploitées ou co-exploitées par au moins une femme, une proportion stable depuis ces dix dernières années. Dans 17,2 % des cas, les exploitations ou entreprises agricoles sont exclusivement dirigées par des femmes et dans 12,3 % des cas, elles sont dirigées par une équipe mixte.
| Entreprises individuelles | Gaec | EARL | Autres sociétés | |
| Entreprises dirigées uniquement par des femmes | 64,2 % | 1,9 % | 14,5 % | 19,4 % |
| Entreprises dirigées par des femmes et des hommes | 0 % | 53,6 % | 20,9 % | 25,5 % |
| Entreprises dirigées uniquement par des hommes | 52,9 % | 6,4 % | 17,4 % | 23,3 % |
| Ensemble | 48,4 % | 11,4 % | 17,3 % | 22,9 % |
Elles sont, pour 60,2 % d’entre elles, âgées de moins de 40 ans lors de leur installation, une part en hausse de 2,7 points sur un an. Au global, les femmes sont cependant relativement plus âgées que leurs homologues masculins. L’âge moyen des femmes cheffes d’exploitation ou d’entreprise agricole est de 50,9 ans contre 48,5 ans pour les hommes en 2024. Ces âges moyens sont assez stables depuis 10 ans. Parmi elles, 21,9 % ont plus de 60 ans (une proportion limitée à 15,2 % chez les hommes) et 22,4 % ont 40 ans ou moins (27,8 % chez les hommes).
Très présentes dans l’agriculture traditionnelle, les femmes sont surreprésentées notamment dans la filière équine
En termes d’effectifs, les cheffes d’exploitations exercent principalement leur activité dans les secteurs composant l’agriculture traditionnelle : le secteur des cultures céréalières et industrielles (15,9 %), de l’élevage de bovins-lait (13,5 %), les cultures et élevages non spécialisés (12,2 %), la viticulture (11,9 %) et l’élevage de bovins viande (10,5 %).
Lors de leur installation, elles choisissent principalement :
- Les grandes cultures (14,6 % des installations féminines contre 13,7 % chez les hommes),
- La polyculture associée à de l’élevage (9,6 % contre 9,4 % chez les hommes),
- La viticulture (10 % contre 7,8 %),
- L’élevage d’ovins et caprins ou l’élevage de viande bovine (8,3 % chacune contre respectivement 4,7 % et 7,9 % chez leurs homologues masculins).
À l’instar de l’ensemble de la population des chefs, les femmes sont surreprésentées dans l’ensemble de la filière cheval : élevage de chevaux et entraînement, dressage, haras, clubs hippiques (64,8 % à 67,3 %) et dans l’élevage d’ovins-caprins (46,6 %).
26,3 % de femmes dans les accidents du travail « avec arrêt »
La proportion des femmes dans les accidents du travail « avec arrêt » s’élève à 26,3 %, en parfaite adéquation avec leur poids dans les données de population. Les accidents « avec arrêt » impliquant des femmes ont diminué de 13,2 % entre 2020 et 2024
« La proportion des femmes dans la répartition globale des accidents est passée de 24 % (3 004 cas) en 2020 à 26,3 % en 2024 (2 607 cas), tendant à souligner la part plus importante des femmes dans l’accidentologie des non-salariés agricoles, mais également le ralentissement de la diminution des AT dont les femmes sont victimes (nombre d’AT équivalent entre 2023 et 2024, et hausse de l’indice de fréquence sur un an) », indique la MSA.
110 000 femmes mariées d’exploitants sans statut
En 2024, 110 000 femmes épouses d’exploitants ne sont ni cheffes, ni collaboratrices d’exploitation et n’ont donc pas un statut non-salarié agricole.
« Le travail non reconnu des femmes dans le secteur agricole persiste encore aujourd’hui et reste difficile à mesurer. Les femmes peuvent être impliquées sur les exploitations dans des tâches pas nécessairement faciles à identifier ou mesurer. Elles peuvent ainsi prendre en charge des activités pour l’exploitation ou l’entreprise agricole (comme la comptabilité par exemple) et contribuer au maintien de l’activité agricole », indique la MSA.
La transmission entre époux, un mode d’installation qui tombe en désuétude
Lorsque l’agriculteur fait valoir ses droits à la retraite, il lui est possible de transmettre son exploitation ou entreprise à son conjoint, qui la dirige alors jusqu’à sa propre retraite. Dans 88,4 % des cas, cette transmission — dite « transfert entre époux » — s’effectue de l’homme vers la femme. La proportion de femmes ayant bénéficié d’un transfert entre époux est de 7,3 % (soit 0,8 point de moins que l’année précédente). Cette proportion reste marginale pour les hommes (0,3 % en 2024). Plus de neuf femmes sur dix deviennent donc cheffes d’exploitation ou d’entreprise sans bénéficier du transfert entre époux.
L’âge moyen des cheffes s’établit à 63,7 ans lorsqu’il y a transfert entre époux et à 49,9 ans dans le cas contraire.
Le phénomène du transfert entre époux était très important dans les années 2000. La réforme des régimes de retraite intervenue en 2010 puis en 2023 (report de 60 à 64 ans de l’âge légal de départ à la retraite) a conduit les chefs à prendre leur retraite de plus en plus tardivement et contribué à réduire très fortement la pratique du transfert entre époux (la proportion de femmes bénéficiant du transfert entre époux était de 13,5 % en 2014).
34,7 % de l’ensemble des contrats de la production agricole sont établis au bénéfice des femmes
Les femmes salariées agricoles sont affectées par une situation un peu plus précaire que les hommes avec une part plus importante d’emplois en CDD et des durées de contrat plus courtes. La situation de la rémunération est contrastée avec des salaires plus élevés que les hommes en CDD, mais plus bas en CDI.
En 2024, 34,7 % de l’ensemble des contrats de la production agricole sont établis au bénéfice des femmes. Et les CDD des femmes représentent 35,4 % de l’ensemble des CDD, une part supérieure au poids des femmes dans l’ensemble des contrats. Sur un an, le nombre total de CDD dans la production agricole a diminué de 1,8 % ; de 3,4 % pour les femmes et de 0,9 % pour les hommes. A contrario, le nombre total de CDI a progressé de 3,7 % ; + 3,9 % pour les femmes et + 3,6 % pour les hommes.
« Le nombre total d’heures dans la production agricole a augmenté de 0,2 % (+0,5 % pour les hommes ; -0,4 % pour les femmes). Le nombre d’heures travaillées en CDI a augmenté de 2,3 % : +2,6 % pour les femmes contre +2,1 % pour les hommes. Au contraire, le nombre d’heures travaillées en CDD dans la production agricole a diminué de 2,4 % : -3,8 % pour les femmes contre -1,7 % pour les hommes. En 2024, la durée moyenne d’un CDD d’un homme est 1,1 fois supérieure à celle d’une femme », indique la MSA.
En termes de rémunération, le taux horaire moyen en CDD pour les femmes a augmenté plus vite que celui des hommes (+ 1 % vs +0,8 %) et reste supérieur à celui des hommes en 2024, en particulier dû au secteur de la polyculture-élevage. Comme en CDD, la durée moyenne d’un CDI d’un homme est 1,12 fois supérieure à celle d’une femme. La rémunération horaire moyenne des femmes en CDI a également augmenté plus vite que celle des hommes (respectivement +2,9 % et +2,5 %) mais la rémunération horaire moyenne d’une femme en CDI reste inférieure de 2,5 % à celle d’un homme.
Elles sont 35,7 % à travailler à temps partiel en CDI et 18,4 % en CDD ; pour les hommes, 22,7 % en CDI et 15,2 % en CDD.
Une « sous-représentation » des femmes salariées parmi les victimes d’accidents du travail
La proportion des femmes salariées dans les accidents du travail « avec arrêt » s’élève à 26 %, manifeste d’une sous-représentation notable comparativement aux données de population. « Cette disparité est corroborée par l’examen du taux de fréquence des accidents, défini comme le nombre d’accidents par million d’heures travaillées. Sur l’année 2024, ce taux atteint 15,4 pour les femmes, tandis que celui des hommes est nettement supérieur, atteignant 26,7 soit un niveau 1,7 fois plus élevé, confirmant la moindre exposition des femmes à ces risques », selon la MSA.
Les accidents « avec arrêt » impliquant les femmes ont cependant augmenté de 5,9 % entre 2020 et 2024. La proportion des femmes dans la répartition globale des accidents est passée de 24,1 % (8 226 cas) en 2020 à 25,7 % en 2024 (8 709 cas).
A contrario, les femmes sont sur-représentées dans les reconnaissances de maladies professionnelles, avec 45 % des MP « avec et sans arrêt ». Les salariées sont confrontées à un risque de développer une maladie professionnelle 1,5 fois plus élevé que leurs collègues masculins. Ce taux est en stagnation comparé à 2020 et en augmentation sur la dernière année d’observation. En 2024, 1 495 dossiers déposés pour des femmes salariées ont été reconnus et indemnisés en tant que maladies professionnelles au Régime Agricole (augmentation depuis 2020 et 2023). Les TMS représentent 98 % de ces cas.