Eau : les choix agricoles et sociétaux pèseront sur les tensions à venir
Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP) a évalué l’évolution des tensions sur la ressource en eau à l’horizon 2050 selon trois scénarios. Si la poursuite des tendances actuelles conduirait à des tensions sur 88 % du territoire, même une profonde transformation des usages, de l’agriculture et du système énergétique ne permettrait pas de les faire disparaître.
Les tensions sur l’eau pourraient se généraliser d’ici 2050
Avec l’augmentation des températures et la multiplication des épisodes de sécheresse, la question n’est plus seulement celle de la disponibilité de l’eau, mais aussi celle de son partage entre les différents usages. C’est le constat rappelé lors de la conférence « Canicules, sécheresses : quelles tensions sur la ressource en eau dans un climat qui se réchauffe ? », organisée le 1er juillet.
Les experts du HCSP y ont présenté les principaux enseignements des travaux prospectifs sur l’évolution de la ressource en eau. Selon ces analyses, sans évolution des usages, 88 % du territoire français pourraient connaître des tensions sur l’eau à l’horizon 2050. Les territoires du sud de la France seraient particulièrement exposés.
Aujourd’hui, les prélèvements en eau atteignent 31 milliards de m³ par an. Ils sont principalement liés à la production d’énergie (45 %). L’irrigation représente 11 % des prélèvements, mais elle constitue le principal usage consommateur d’eau : 61 % des cinq milliards de m³ qui ne retournent pas directement au milieu naturel.
Les travaux prospectifs rappellent que l’évolution de la situation dépendra fortement des trajectoires choisies par la société et par l’agriculture.
Trois trajectoires, des besoins en eau très différents
Le scénario tendanciel, qui prolonge les évolutions actuelles, prévoit une agriculture toujours productive, avec une progression limitée des pratiques agroécologiques. Dans cette trajectoire, l’extension de l’irrigation reposerait principalement sur les équipements existants, avec une hausse de 50 % des surfaces irriguées d’ici 2050.
Le scénario correspondant aux politiques publiques engagées repose sur une transformation plus progressive des systèmes. Il prévoit notamment le développement des cultures riches en protéines végétales, le déploiement de pratiques agroécologiques sur la moitié des surfaces agricoles, l’amélioration du pilotage de l’irrigation, le recours à la réutilisation des eaux usées traitées dans certains territoires et un développement important des retenues de substitution.
Enfin, le scénario de rupture suppose des changements beaucoup plus profonds à l’échelle nationale : sobriété énergétique, forte réduction de la consommation de viande, généralisation des pratiques agroécologiques, diminution des consommations d’eau des ménages et développement de variétés plus résistantes à la sécheresse. Dans cette trajectoire, l’augmentation des surfaces irriguées serait limitée à 12 % entre 2020 et 2050.
Dans tous les scénarios, les besoins en eau de l’élevage diminueraient sous l’effet de la réduction des cheptels. Pour les cultures, les besoins resteraient toutefois orientés à la hausse sous l’effet du changement climatique. Les leviers agronomiques, dont l’amélioration du pilotage de l’irrigation, l’agroécologie, ou des choix de variétés plus adaptées permettraient d’atténuer cette évolution sans supprimer les tensions.
L’enjeu pour l’agriculture sera donc moins d’éviter toute tension sur la ressource que de renforcer la capacité des systèmes de production à s’adapter dans un contexte où les arbitrages entre usages de l’eau deviendront de plus en plus nécessaires.