Agroécologie

Nouveaux installés en agriculture : des profils plus diversifiés et plus connectés


Une étude Ipsos BVA pour l’ACTA dresse le portrait des nouveaux installés en agriculture en France. Qui sont-ils, comment s’informent-ils, quelles orientations techniques privilégient-ils et quels modèles d’exploitation développent-ils ? Menée auprès de 307 agriculteurs installés depuis moins de cinq ans, elle met en évidence une population très diversifiée, marquée par une forte part de reconversion, une montée des démarches de diversification et du bio, ainsi qu’une recomposition des sources d’information, de plus en plus numériques et hybrides.

L’Acta a présenté les résultats d’une étude sur les nouveaux installés en agriculture, le 03/06/2026 - © Acta/capture d’écran
L’Acta a présenté les résultats d’une étude sur les nouveaux installés en agriculture, le 03/06/2026 - © Acta/capture d’écran

Une nouvelle génération d’agriculteurs aux parcours très diversifiés

Une étude Ipsos BVA pour l’ACTA, menée auprès de 307 agriculteurs installés depuis moins de cinq ans, dessine un paysage d’installation en forte recomposition. Elle met en évidence une évolution majeure : les nouveaux installés ne forment plus un groupe homogène, ni en termes de parcours, ni en termes de pratiques ou de rapports à l’activité.

Premier enseignement marquant, 34 % des nouveaux installés n’ont pas de formation agricole initiale. L’étude distingue trois grands profils : les héritiers (53 %), qu’ils soient préparés ou non à reprendre l’exploitation, les personnes issues de milieux populaires ou ruraux (35 %), et les reconvertis des classes moyennes ou supérieures (10 %). Ces derniers restent minoritaires mais structurent certaines dynamiques, notamment en matière de diversification. Seuls 15 % des reconvertis déclarent une expérience professionnelle agricole préalable.

Sur le plan des structures, les nouveaux installés gèrent en moyenne 92 hectares, soit davantage que la moyenne nationale (69 ha). Leurs trajectoires s’accompagnent souvent de stratégies de valorisation : 47 % commercialisent sous signe de qualité, et 36 % développent des activités de diversification (vente directe, transformation, accueil à la ferme). Cette diversification est particulièrement marquée chez les reconvertis (57 %), tandis qu’elle reste beaucoup plus limitée chez les héritiers préparés (17 %).

Les choix de systèmes de production confirment cette diversité. 36 % des nouveaux installés s’orientent vers l’agriculture biologique, un niveau environ deux fois supérieur à la moyenne nationale. L’agriculture raisonnée arrive ensuite (30 %), notamment portée par les héritiers préparés (53 % d’entre eux). Les autres modèles restent plus marginaux : conventionnel (17 %), agriculture durable (6 %) et agriculture régénératrice (3 %).

L’information technique passe désormais largement par les réseaux sociaux

Autre transformation structurante : les modes d’accès à l’information. 72 % des nouveaux installés s’informent via des supports numériques, contre 66 % par des échanges physiques et 42 % via les médias traditionnels. En moyenne, ils mobilisent 3,7 sources différentes, traduisant des pratiques informationnelles hybrides.

Les réseaux sociaux occupent une place centrale : Facebook reste dominant (72 %), suivi d’Instagram (39 %) et de YouTube (22 %). Les usages varient selon les profils : Facebook est davantage utilisé par les héritiers, tandis qu’Instagram est très présent chez les reconvertis.

Sur le fond, les attentes restent très opérationnelles. Les thématiques les plus consultées concernent la météo et le climat, les techniques culturales, la santé animale, la fertilisation et la gestion des sols, ainsi que l’élevage. La gestion économique arrive en retrait, en sixième position, tandis que l’adaptation au changement climatique et l’agroécologie restent encore peu intégrées au pilotage quotidien. 10 % déclarent déjà utiliser l’intelligence artificielle pour s’informer.

Dans ce paysage, les Chambres d’agriculture apparaissent comme la principale source d’information : 45 % des nouveaux installés les citent en premier, jusqu’à 60 % chez les héritiers préparés. Elles sont suivies des groupements d’agriculteurs (28 %), des coopératives et négoces (20 %), puis des instituts techniques (15 %) et des autres agriculteurs (13 %).

Ce que met en lumière l’étude, au-delà des chiffres, c’est une profession en recomposition rapide, où coexistent des trajectoires, des cultures techniques et des rapports à l’information de plus en plus diversifiés. Les repères évoluent, les canaux se multiplient et les façons d’aborder les choix techniques et stratégiques se construisent désormais dans des univers beaucoup moins uniformes qu’auparavant.