Agrotendances

Antédis : « Nous testons les conditions d’efficacité des biostimulants, pas seulement les produits »


Entre variabilité des résultats au champ, exigences réglementaires et attentes du conseil, l’évaluation des biostimulants reste un exercice complexe. Spécialisée dans l’expérimentation agronomique, Antédis accompagne les fabricants dans l’évaluation de leurs produits et la constitution de dossiers réglementaires. Pour son directeur général, Baudoin Favreaux, la difficulté ne réside pas seulement dans la démonstration de l’efficacité, mais à comprendre les conditions qui la rendent possible.

Au champ, l’efficacité d’un biostimulant dépend d’un environnement difficile à maîtriser. - © kristo74 de Getty Images
Au champ, l’efficacité d’un biostimulant dépend d’un environnement difficile à maîtriser. - © kristo74 de Getty Images

Des produits fortement dépendants des conditions d’application et du milieu

Les biostimulants continuent de poser un défi particulier aux expérimentateurs. Leur efficacité dépend d’une combinaison fine de facteurs agronomiques, climatiques et techniques, ce qui explique une forte variabilité des résultats au champ. Avec près de 1 400 essais d’évaluation de produits conduits chaque année, dont une part croissante consacrée aux biosolutions, Antédis fait partie des acteurs français de référence en expérimentation agronomique. Son directeur général, Baudoin Favreaux, revient sur les défis posés par l’évaluation des biostimulants. « Un engrais, s’il y a de l’eau, il fonctionne. Un produit phytosanitaire, s’il est bien formulé, il fonctionne. Un biostimulant, il y a des conditions bien spécifiques qui font qu’il va fonctionner ou pas », explique Baudoin Favreaux.

« Un engrais, s’il y a de l’eau, il fonctionne. Un produit phytosanitaire, s’il est bien formulé, il fonctionne. Un biostimulant, il y a des conditions bien spécifiques qui font qu’il va fonctionner ou pas »

Ces conditions commencent dès la logistique du produit lui-même. Antédis intègre ainsi, en amont des essais, des questions précises sur le mode d’action, mais aussi sur le stockage, le transport et les modalités d’application. « Nous avons déjà eu des cas où le produit fonctionnait en conditions contrôlées, mais mal conservé ou mal appliqué, le résultat était nul », indique Baudoin Favreaux. Température, volume d’eau, dilution ou qualité de couverture de la plante peuvent ainsi modifier fortement l’efficacité.

Le facteur climatique joue également un rôle déterminant, parfois difficile à isoler. « Pour un même protocole testé dans quatre régions, nous avons obtenu trois résultats positifs et un échec complet, sans pouvoir l’expliquer », précise-t-il.

Des protocoles d’essai renforcés et des outils de mesure en évolution

Parfois, aucun effet n’est visible au cours de la culture.

Pour limiter cette variabilité, les dispositifs expérimentaux sont adaptés. Les essais biostimulants mobilisent davantage de répétitions que les produits conventionnels. « Sur les biostimulants, nous montons à six voire huit répétitions pour sortir des données statistiquement robustes », explique Baudoin Favreaux. Les essais combinent micro-parcelles et grandes bandes afin de se rapprocher des conditions réelles d’utilisation. « En conditions contrôlées, ça peut fonctionner, mais en plein champ, c’est parfois plus compliqué. Le but, c’est de se rapprocher des conditions agricoles », poursuit-il.

L’évaluation évolue également avec l’intégration de nouveaux outils. Antédis s’est équipée de drones, de caméras multispectrales et de capteurs de photosynthèse permettent de détecter des effets invisibles à l’œil nu. « Parfois, aucun effet n’est visible au cours de la culture, mais des différences apparaissent en fin de cycle », souligne Baudoin Favreaux.

En complément des observations classiques, les drones fournissent de nouvelles données pour évaluer les effets des biostimulants au champ. - © Antédis
En complément des observations classiques, les drones fournissent de nouvelles données pour évaluer les effets des biostimulants au champ. - © Antédis

Cette approche s’inscrit aussi dans une logique plus large de montée en précision des données environnementales, encore jugée insuffisante. Rayonnement, humidité foliaire, vent ou état physiologique de la plante au moment de l’application sont autant de paramètres encore peu exploités mais déterminants.

Du cadre réglementaire au conseil : vers une logique de conditions d’efficacité

Le décalage entre homologation et usage terrain reste important. Les essais réglementaires visent avant tout à démontrer une efficacité dans des conditions optimales, tandis que les distributeurs et conseillers attendent des références adaptées à des contextes très variés.

« Pour homologuer un biostimulant, les essais sont réalisés dans les conditions optimums. Ensuite, les distributeurs veulent des essais dans toutes les situations pédoclimatiques », explique Baudoin Favreaux. Cette diversité explique la multiplication des essais post-homologation et la demande croissante de références locales.

Sur le terrain, l’efficacité des biostimulants ne se résume d’ailleurs pas à une logique binaire. « Un biostimulant peut être efficace à 50, 60 ou 70 %, et c’est parfois suffisant dans un programme cultural », rappelle Baudoin Favreaux. D’où un enjeu majeur pour les prochaines années : passer d’une logique de preuve à une logique de prédiction. « Le défi, ce n’est plus seulement de démontrer l’efficacité, mais de savoir la prédire », conclut-il.