Conseil agricole : les indépendants veulent faire reconnaître leur spécificité
Les récentes évolutions réglementaires ont rebattu les cartes du conseil agricole, sans faire disparaître les conseillers indépendants. Pour le porte-parole et président du PCIA, Hervé Tertrais, l’enjeu est désormais de faire reconnaître un modèle fondé sur une indépendance totale vis-à-vis de la vente d’intrants et de donner davantage de visibilité à une profession encore confidentielle.
Une identité à distinguer des autres formes de conseil
La fin de la séparation entre la vente et le conseil n’a pas remis en cause l’existence du conseil indépendant. En revanche, elle a ravivé un débat sur la place des différents modèles de conseil dans le paysage agricole. Pour Hervé Tertrais, porte-parole et président du PCIA, il est essentiel que les agriculteurs puissent distinguer les différentes formes d’accompagnement existantes, « pour choisir entre un conseil et un conseil indépendant ».
Le PCIA et leurs soutiens plaident ainsi pour le maintien du référentiel d'« indépendance élargie » (comme le stipulent les articles C15 et C16 du référentiel de certification du conseil en produits phytopharmaceutiques et son guide de lecture), qui impose notamment une indépendance vis-à-vis de toute vente d’intrants et de toute subvention de fonctionnement. « Les membres du PCIA ne sont rémunérés que par les honoraires apportés par leurs clients. », rappelle Hervé Tertrais. Cette distinction constitue une garantie de neutralité dans les recommandations techniques.
Au-delà du débat réglementaire, Hervé Tertrais estime que le métier de conseiller indépendant évolue vers une expertise toujours plus pointue. À contre-courant de certaines structures qui diversifient leurs activités, il défend une spécialisation forte des compétences. « Je serai bon dans mon domaine : agronomie, nutrition et pathologie des productions agricoles. On va chercher à être les meilleurs et répondre au plus près des besoins des agriculteurs », affirme-t-il. Pour lui, la multiplication des services proposés par certaines organisations risque de diluer l’expertise technique. Cette spécialisation constitue, selon le PCIA, l’un des principaux marqueurs du conseil indépendant.
Vers une meilleure reconnaissance du conseil indépendant
Le président du PCIA reconnaît que les nombreux changements réglementaires intervenus ces dernières années ont créé de l’incertitude dans la profession. Il évoque notamment les conséquences de la suppression du caractère obligatoire du conseil stratégique phytosanitaire, qui avait conduit certaines structures à recruter avant de devoir revoir leur organisation. « Ça a cassé le moral de ceux qui voulaient se mettre en indépendant, mais aussi d’autres organisations. Au PCIA, nous étions contre ce caractère obligatoire depuis le début », déplore-t-il. Selon lui, la stabilité du cadre réglementaire est aujourd’hui indispensable pour permettre au métier de continuer à se développer.
Pour le PCIA, la priorité n’est donc plus de revenir sur les réformes passées, mais de clarifier le paysage du conseil agricole. Il souhaite que les différentes formes de conseil continuent de coexister, à condition que leur niveau d’indépendance soit clairement identifié : « Il faut un agrément »conseil« et, à côté, un conseil indépendant qui respecte un référentiel spécifique, celui de l’indépendance élargie. » À ses yeux, cette lisibilité permettrait aux agriculteurs de choisir le mode d’accompagnement correspondant le mieux à leurs attentes. « Nous estimons qu’il s’agit d’une lisibilité indispensable pour l’ensemble de la société, notamment pour une image plus claire et plus valorisante de l’agriculture et des agriculteurs. », insistent-ils.