Fertilisation phosphatée : mieux valoriser les réserves du sol
Avant de compléter la fertilisation phosphatée, l’analyse de terre permet d’évaluer la disponibilité de l’élément. L’activité biologique du sol et l’exploration racinaire peuvent ensuite contribuer à mobiliser une partie des réserves, sans garantir pour autant une réduction systématique des apports.
Évaluer le phosphore disponible
Présent dans les membranes cellulaires, l’ADN et les molécules assurant les transferts d’énergie, le phosphore intervient notamment dans la croissance des jeunes tissus. Une disponibilité insuffisante peut donc pénaliser l’implantation de la culture et limiter son potentiel.
La quantité totale contenue dans le sol ne renseigne cependant pas directement sur celle que la plante pourra absorber. « La base, c’est déjà une analyse de sol. Et après, connaître les besoins de la plante », rappelle Olivier Demarle, directeur Innovation et Qualité de Frayssinet. L’analyse permet d’estimer la fraction disponible et de la comparer aux besoins de la culture. Son interprétation doit également tenir compte du type de sol, de son pH, des apports antérieurs et de l’historique des exportations. Une analyse végétale peut, en complément, aider à confirmer une alimentation insuffisante.
Favoriser l’activité biologique et l’exploration racinaire
Une partie du phosphore présent dans le sol se trouve sous des formes peu accessibles aux plantes. Les micro-organismes et les racines participent à son passage vers la solution du sol, notamment par la production d’enzymes ou de composés acidifiants.
« Le vivant, les bactéries, les champignons vont aider à rendre disponibles les éléments nutritifs. Les racines aussi émettent des acides qui vont aller chercher les phosphores », explique Olivier Demarle.
Le maintien des restitutions organiques, la couverture du sol et les pratiques favorables à son fonctionnement biologique peuvent contribuer à entretenir ces mécanismes. Une meilleure colonisation racinaire augmente également le volume de terre exploré. Les mycorhizes jouent notamment un rôle dans l’acquisition du phosphore, sans dispenser d’établir un bilan entre les fournitures du sol et les besoins de la culture.
Compléter les apports selon les besoins
Lorsque les réserves disponibles ne suffisent pas, un apport reste nécessaire. Le choix de la forme doit prendre en compte sa solubilité, sa vitesse d’action et les caractéristiques du sol. Frayssinet utilise principalement des poudres d’os associées à des matières organiques compostées.
« L’intérêt des formes organiques, c’est que l’on va avoir un relargage du phosphore de la poudre d’os très progressif, parce qu’il est lié à l’activité du vivant », explique Olivier Demarle. Selon lui, cette libération progressive limiterait la rétrogradation du phosphore, c’est-à-dire sa fixation sous des formes peu accessibles aux plantes.
Pour comparer le coefficient d’utilisation de différentes sources, l’entreprise conduit notamment des essais en système fermé sur du ray-grass. La plante est coupée à plusieurs reprises et sa teneur en phosphore est mesurée. « Ces systèmes clos nous permettent de faire des bilans globaux et de déterminer, par rapport au phosphore apporté, combien a été prélevé par la plante », précise-t-il.
Ces modèles expérimentaux doivent toutefois être distingués des essais au champ. Sans résultats obtenus sur plusieurs sols et campagnes, ils ne permettent pas de conclure à une réduction généralisée des doses.
Mobiliser davantage le phosphore du sol ne signifie pas non plus qu’il s’y accumulera : une partie est absorbée puis exportée avec la récolte. Le conseil doit donc rester fondé sur le suivi de la parcelle, le bilan des entrées et des sorties et la réponse de la culture. « En tant qu’agronome, on répond toujours que ça dépend. Il faut être prudent », résume Olivier Demarle.