Plan bas carbone d’Inrae : « Nous sommes, pour l’instant, sur la trajectoire » (Louis-Augustin Julien)
Sur la trajectoire des -30 % d’émissions de gaz à effet de serre en 2030, Inrae détaille les fondements de son premier plan bas carbone. 121 leviers, une méthode adaptée de l’Ademe et un pilotage intégré aux directions : l’institut assume une stratégie de réduction prioritaire, sans recours massif à la compensation, avec un cap fixé à -70 % en 2050.
Une trajectoire jugée conforme aux objectifs 2030
« Nous sommes, pour l’instant, sur la trajectoire pour atteindre notre objectif de -30 % d’émissions de gaz à effet de serre en 2030 », déclare Louis-Augustin Julien, directeur général délégué aux ressources d’Inrae, le 20 février 2026.
Rendu public le 22 janvier, le premier plan bas carbone de l’institut identifie 121 leviers, déclinés en actions opérationnelles. « Elles me semblent faisables. Certaines sont déjà impulsées au niveau national », précise-t-il. L’objectif de long terme est fixé à -70 % à horizon 2050, en cohérence avec les engagements internationaux issus de la COP 21. Le chiffrage global des moyens nécessaires n’est toutefois pas arrêté à ce stade.
À court terme, l’établissement s’est concentré sur son fonctionnement collectif. « La dynamique RSE ne remet pas en cause notre cœur d’activité : produire une science de qualité au service des transitions agricoles, alimentaires et environnementales », insiste la direction.
Le conseil d’administration a adopté dès octobre 2024 une stratégie de décarbonation intégrée au plan Inrae 2030. L’ambition affichée dépasse la simple neutralité : « Notre objectif est d’avoir un impact carbone globalement positif », souligne Louis-Augustin Julien.
L’institut écarte une approche reposant principalement sur la compensation externe. La priorité est donnée à la réduction directe des émissions. En parallèle, des travaux sont engagés sur la séquestration carbone, notamment via le dispositif expérimental de 7 000 hectares, afin de contribuer à l’objectif de “net zéro”.
Une méthode adaptée au monde de la recherche
Pour construire sa trajectoire, Inrae s’est appuyé sur la méthode ACT pas-à-pas de l’Ademe, adaptée au contexte d’un organisme public de recherche. Cette approche combine un diagnostic quantitatif — le Beges — et une analyse qualitative de maturité organisationnelle.
La méthode a depuis été retravaillée pour l’enseignement supérieur et la recherche sous l’appellation ACT’Sup, désormais mobilisée par plusieurs établissements.
La conception du plan s’est appuyée sur une large concertation interne entre 2022 et 2024. Plus de 1 500 contributions ont été recueillies, dont 76 % intégrées au document final.
Les propositions ont été regroupées en sept grands domaines, puis intégrées aux feuilles de route des directions compétentes : patrimoine immobilier pour la performance énergétique, direction financière pour les achats durables, DSI pour le numérique responsable.
Le plan est également décliné dans les centres régionaux, afin d’adapter la mise en œuvre aux réalités locales.
L’horizon opérationnel est fixé à 2030. « Nous voulions un outil de pilotage compatible avec la présence actuelle des agents », souligne Armelle Carnet, directrice RSE, afin d’éviter des engagements reportés à des générations futures de personnels.
Des investissements déjà engagés
Si le montant total du plan n’est pas consolidé, la direction indique que de nombreux budgets sont déjà orientés vers les objectifs RSE.
Parmi les actions mises en avant :
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41 M€ investis entre 2021 et 2026 pour la rénovation énergétique des bâtiments,
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une baisse de 23 % de la consommation de fluides entre 2021 et 2025,
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le déploiement d’un système de management environnemental dans une soixantaine d’unités, majoritairement certifiées ISO 14001,
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plus d’1 M€ consacré depuis 2022 à une pépinière de projets RSE internes.
L’institut explore également des mécanismes innovants comme l’« intracting », consistant à réinvestir les économies d’énergie générées dans de nouveaux projets de performance environnementale.
Former et embarquer l’ensemble des personnels
L’accompagnement des agents constitue un volet structurant du plan. Un parcours de formation « 100 % RSE » a été lancé en 2025, avec l’objectif d’atteindre 100 % des personnels formés d’ici 2027, en cohérence avec le plan de transformation écologique de l’État.
Un volet RSE est par ailleurs intégré depuis trois ans dans l’accompagnement des équipes de direction d’unités, notamment dans le cadre des évaluations Hcéres.
Au-delà de sa propre stratégie, Inrae participe aux travaux du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sur la comptabilité carbone de l’ESR, ainsi qu’aux échanges inter-organismes sur les référentiels communs, comme le référentiel DDRS en vue d’une labellisation nationale.
Des réflexions sont également engagées entre organismes nationaux de recherche sur des outils partagés, notamment en matière de budgets verts.