Réduction des phytosanitaires : quel rôle pour le biocontrôle à l’horizon 2030 ?
Entre optimisme conditionnel et prudence marquée, les fournisseurs de biocontrôle livrent des visions contrastées sur la capacité du secteur à compenser la baisse des phytosanitaires d’ici 2030. Tous s’accordent toutefois sur un point : la solution ne sera pas unique, mais combinatoire et dépendra autant des innovations que de l’évolution des pratiques et du cadre réglementaire.
Biocontrôle et baisse des phytosanitaires : des visions encore divergentes
Les positions des acteurs du biocontrôle dessinent un paysage nettement partagé. Une partie des entreprises estime que le biocontrôle peut contribuer significativement à la réduction des produits phytosanitaires, à condition de l’intégrer dans des stratégies globales de protection des cultures. D’autres jugent en revanche qu’une substitution complète reste peu réaliste à l’horizon 2030, notamment en grandes cultures.
Pour une partie des acteurs, le biocontrôle constitue un levier parmi d’autres dans les stratégies de protection des cultures.
Plusieurs fournisseurs insistent sur la logique de complémentarité plutôt que de remplacement. Le biocontrôle est présenté comme un levier parmi d’autres, à associer avec des variétés tolérantes, des outils d’aide à la décision, des solutions mécaniques ou encore des produits conventionnels.
À l’opposé, certains acteurs estiment que le biocontrôle pourra jouer un rôle central dans la transition, voire compenser une part importante de la baisse des solutions conventionnelles. Andermatt ou Agriodor évoquent notamment une dynamique de marché en croissance et un potentiel encore sous-exploité dans plusieurs filières.
D’autres réponses se montrent plus réservées. Pour certains, la capacité de substitution reste limitée en l’état actuel de l’offre, en particulier en grandes cultures et sur certaines fonctions comme le désherbage. Sipcam, FMC ou Vivagro soulignent ainsi que le biocontrôle ne pourra pas, seul, compenser la baisse des solutions de synthèse dans tous les cas.
Des freins encore techniques et économiques
Au-delà de ces divergences, un consensus se dégage sur les conditions nécessaires au développement du secteur. L’accélération des homologations et la simplification des procédures réglementaires apparaissent comme un prérequis central. Plusieurs acteurs évoquent également la nécessité de renforcer l’accompagnement des agriculteurs, via la formation, la démonstration terrain et l’intégration dans des programmes techniques structurés.
Simplifier les procédures et accélérer les homologations figurent parmi les priorités du secteur.
La question de l’acceptabilité économique revient également de manière récurrente. Le coût des solutions, leur efficacité parfois variable selon les conditions d’application et la prise de risque associée constituent encore des freins à leur généralisation.
La trajectoire vers 2030 se dessine donc moins comme une substitution que comme une recomposition progressive des stratégies de protection. Le biocontrôle s’impose comme un levier incontournable, mais encore insuffisant seul pour absorber l’ensemble de la baisse des solutions conventionnelles.